Y a pas que l’assiette !

Le blog de ce qui se mange… Et de ceux qui le mangent…

Ici gît le BIGouDi (mon ancien blog)

23 juin 2007

Manue Bolonaise

Ma cour de récré et ses amourettes

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Manue et Sophie sont en 6ème, elles ont 11 ans. Encore enfants, elles sont entre deux mondes et découvrent avec curiosité l’univers des grands. Premières intrigues sentimentales : pourquoi Manuel a-t-il rendu ses images à Sophie? Que voulait-il signifier par ce geste ? Premières boums : on danse le slow, avec une distance régulière d’un mètre entre les partenaires… Et bien sûr premiers baisers, rite obligatoire pour les midinettes, mais non moins exempt de questions : faut-il mettre la langue ou pas ?

Ce sont toutes ces agitations de pré-ados que met en en scène Sophie Letourneur, apportant une certaine fraîcheur à un genre répandu. Loin de la Boum, Sophie Letourneur, se colle au réel. Comme dans la Tête dans le vide, son premier court-métrage, la jeune réalisatrice a particulièrement soigné ses dialogues… Pour leur donner cet effet de confusion générale si réaliste. Dans un rythme soutenu et dynamique, les répliques des enfants se chevauchent, agrémentées d’hésitations et de bafouillements. On rit aussi à voir ces gamines se perdre dans un baiser langoureux, pour très vite retourner voir les copines, l’air fier et blasé. Un portrait naturaliste assez réussi, et pour cause : Sophie Letourneur s’est inspirée de son journal intime, de celui de sa meilleure amie, et de la correspondance qu’elle entretenaient à cet âge. On retiendra un joli moyen métrage, un peu long sur sa fin mais souvent savoureux.

>> Sortie le 6 juin 2007

05 mai 2007

Héros fragiles

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D’une photo aux rêves brisés des révolutionnaires Chiliens

Au hasard d’une lecture, Emilio Paccull découvre une photo. Une photo et tout un mystère. Il y a un homme, couché au sol, mort. Selon une note, il s’agirait de Salavador Allende dans le palais de La Moneda. Persuadé qu’il s’agit en réalité de son beau-père : le réalisateur part au Chili à la recherche de plus d’informations. Il sait déjà que son beau-père était un grand ami d’Allende, qu’il s’est lui aussi suicidé le 11 septembre 1973 après le coup d’état de Pinochet. Il veut maintenant connaître le déroulement exact des évènements et le rôle qu’ y a joué son beau-père.

Carnet en main, Emilio Paccul, rencontre ceux qui ont connu son beau-père. Sa mère évidemment, mais aussi ses amis, ceux qui comme lui étaient au palais de la Moneda. Dans un parcours initiatique et thérapeutique, le réalisateur tente de comprendre la répression de la révolution chilienne. Comprendre pour se réconcilier avec son histoire.

C’est donc le postulat poétique du film : raconter le 11 septembre 1973 à partir d’une photo, d’une image. Une photo que le spectateur ne verra jamais vraiment. Sous le prisme d’une loupe, sous la lumière rouge d’un laboratoire photographique : cette image peine décidément à délivrer ses secrets, trop lourds. Persévérant Emilio Paccul multiplie les entretiens. Il faut rencontrer les responsables de la mort de son père. Sans animosité, mais en demande d’explications. L’occasion d’une rencontre d’espaces : celui de sa famille et celui du politique. Avec sa fille, il revient au palais de La Moneda.

Un point de vue qui s’élargit encore avec l’interrogation des acteurs du monde présent, comme Milton Friedman, prix nobel d’économie, très critique de la révolution chilienne. Il ressort de cette rencontre des question pesantes : quel héritage les héros fragiles et leur ennemis nous laissent-ils? À l’heure du capitalisme vainqueur, le rêve est-il encore possible ?

Et toujours en filigrane, une réflexion sur le rôle des images dans l’Histoire : images tronquées, truquées, rectifiées, complétées, images symboles. Un film riche qui souffre peut-être de cette qualité. Déroutant et envoûtant.

>> Sortie le 16 mai 2007

17 avril 2007

Le Bigoudi a testé la France qui se lève tôt !

france1.jpgMardi 17 avril, Neuilly-sur-Seine, entre 6h30 et 7h00. J’ai rendez-vous avec « La France qui se lève tôt » ! Voici quelques jours qu’un bruit court sur Paris et dans les journaux : des énergumènes bruyants se piquent de se réveiller tôt le matin ! Et pour corser la situation, ils ont aussi décidé de réveiller la France. Pour ce faire, des objets bruyants sont vivement recommandés. Trompettes, cornes de brume, ustensiles de cuisine et glottes humaines. Derrière tout ce tintamarre joyeux, un doute qui l’est moins : « La France qui se lève tôt… Se réveillera-t-elle à temps ? ». Car, les énergumènes le rappellent : « Tic-tac-tic-tac-tic-tac… Il est Sarko moins 19 ! ». Oui, tout ce bruit et cette énergie matinale en l’honneur d’une personne : Nicolas Sarkozy. Notre bien aimé ex-ministre de l’Intérieur, pourfendeur de l’insécurité et des sans-papiers. À son insu, le candidat autoproclamé de la France qui se lève tôt est donc à l’origine de ce mouvement festif. J’ai donc testé pour vous la France qui se lève tôt !

5h20: Il faut se réveiller. C’est dur, mais que ne ferait-on pas en l’honneur de Nicolas Sarkozy ? Dans le métro, les visages de la France qui se lève tôt. Comme à son habitude pas très gaie. La France qui prend le métro tôt n’est peut être pas celle de Nicolas Sarkozy. Peu de cols blancs. Plutôt beaucoup de gens que je soupçonne de se rendre dans les entreprises pour y ramasser les poubelles et récurer les toilettes.

6h45: Arrivée aux Sablons. Le barouf de la rue nous indique la sortie adéquate. Il y a beaucoup de jeunes, beaucoup de journalistes, et beaucoup de caméras. Une petite centaine de personnes crie et danse. Image incongrue sur l’avenue Charles de Gaulle. Discussion avec Leila : je l’ai reconnue parce qu’elle fait partie du collectif « Jeudi Noir », ces jeunes fous qui sèment la pagaille pendant les visites d’appartements aux loyers démesurés. Une façon comme une autre de protester contre la crise immobilière, aujourd’hui accommodée à la sauce présidentielle. Leila est salariée mais elle reprendra son DEA l’année prochaine. Elle fait partie de la quinzaine de personnes actives de « La France qui se lève tôt ». Quand je lui demande d’où leur est venue cette idée dingue de se lever tôt le matin, et d’emmerder le monde, elle me répond très simplement : « On était flippés par la montée de Sarko dans les sondages. Et puis on voulait s’opposer à cette absurdité de la valeur travail ! La France qui se lève tôt est tout sauf privilégiée. On essaye de prêcher pour les non convaincus ». C’est vrai qu’à cette heure les Neuilléens (si, si c’est comme ça qu’on dit) dorment ou se réveillent. Le défilé a commencé, on passe par des rues où notre vacarme résonne pleinement. Les Neuilléens s’autorisent des petites folies comme sortir sur le balcon en caleçon. Pas forcément énervés ou joyeux, surtout abasourdis et amusés.

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7h00: Le cortège se dirige vers la Mairie de Neuilly. Haut lieu symbolique du Sarkozisme. Peut-être qu’ici le slogan hurlé « La France qui se lève tôt contre Sarko » est moyennement apprécié. Dans le mégaphone petit rappel. La ville de Neuilly ne compte que 2,6% de logements sociaux ! On est loin des 20% recommandés par la loi SRU (Solidarité Renouvellement Urbain). Les slogans se veulent le reflet de cette injustice. « La France des nantis avec Sarkozy ! La France des bourgeois avec Nicolas ! ». Après avoir fait le tour de la Mairie, on retourne au métro. Une question me taraude : ils en pensent quoi les Neuilléens ? Petit micro-trottoir.

  • Marie Thérèse passait par là. Elle n’est pas de Neuilly et habite Colombe (92). C’est une fonctionnaire au ministère des finances. Elle travaille aux bureau des impôts de Neuilly : « Je suis donc bien placée pour vous le dire, Sarkozy, oui je connais bien le phénomène ! C’est quelqu’un de dangereux pour la France ».
  • Il y a aussi Laura, d’origine espagnole, elle ne pourra pas voter aux élections. Ca ne la dérange pas bien, au contraire elle est opposée au droit de vote des étrangers. Et pourtant ça fait 40 ans qu’elle est là ! Sarkozy lui inspire une moue sceptique : « Il est un peu nerveux ! ». Laura ne veut pas me dire son métier « Mais, ça ne vous regarde pas ! ». J’insiste, et parviens à mes fins. Laura est gardienne d’immeuble. Quand je lui demande si les habitants de son immeuble voteront Sarkozy, elle n’hésite pas une seconde : « Ah oui sûrement ! Mais y en a qui vont voter plus à droite encore ! ». Et si Laura pouvait voter qu’est-ce qu’elle ferait ? « Bayrou est pas mal, il est tranquille ».
  • Bon, c’est bien joli tout ça mais y’a-t-il des Sarkozystes à Neuilly ? Ca y’est, j’en tiens un, un vrai de vrai. Pur et dur. Le Sarkozyste ne dit pas son nom, ni son âge. Ou plus exactement il refuse parce que, ce qui est important c’est son avis. Nous l’appellerons donc Monsieur X. Monsieur X est pharmacien. Le mouvement de la France qui se lève tôt ne l’enthousiasme pas et pour cause : « Je vais voter Sarkozy parce que je trouve que c’est le seul qui puisse sortir la France de la pagaille dans laquelle elle est ! Parce que moi, je me lève tôt, je paye mes impôts, je paye aussi toutes les charges sociales afférentes aux gens qui ne travaillent pas ». Je lui demande s’il y a une France assistée. Il en est certain, il le voit tous les jours.

8h00: Mon corps est fatigué. Je vais me mettre en direction assistée et me coucher. Finalement, le rêve de la France qui se lève tôt, c’est peut-être de pouvoir se coucher tard, sans craindre le lendemain.

Pour plus de renseignements ou pour participer à un vacarme matinal, rendez-vous sur http://www.lafrancequiselevetot.com.

Photos: Jonas Roux
10 mars 2007

Bye Bye New York !

Ça y’est, le dernier jour est arrivé.

Notre avion décolle à 17h55, on doit partir de Greenwich vers 15h. Il faut se remplir les yeux et l’âme de New York une dernière fois. Une dernière fois les taxis jaunes. Une dernière fois les avenues infinies. On tourne la tête à droite, à gauche, pour profiter pleinement de la luminosité des rues et de leurs perspectives magiques. Une dernière fois se sentir tout petit sous les buildings. Il fait beau. Dernière balade dans Greenwich. Pour honorer la ville, on goûte pour la première fois l’une de ses spécialités : le Cupcake. Un gâteau type muffin surmonté d’une généreuse crème au beurre parfumée (chocolat, citron, etc…). Très bon, mais faudrait pas en abuser.

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Cupcake (photo: Jonas Roux)

On quitte les New-Yorkais égaux à eux-mêmes. Ravis de se pavaner avec leurs lunettes de soleil (immenses) et leurs chiens (minuscules) en laisse. Chics au possible. On a pas très envie de partir. L’envie de se cacher dans la soute d’un avion en partance de New Delhi nous démange furieusement. Conclusion : New York sera toujours New York et le voyage invite au voyage.

09 mars 2007

Veille de départ

Que faire la veille de son départ ?

New York recèle de surprises et de secrets. Avant de partir, on est tenté de faire une multitude de choses, quitte à les bâcler. Fort de ce constat, on opte donc plutôt pour la simplicité : marcher dans les rues de New York, flâner, acheter des petits souvenirs… Et, une expo quand même ! On a toujours pas visité le Centre International de la Photographie. Il faut remédier à ça ! En ce moment l’expo phare, c’est « Martin Munkacsi : think when you shoot ! ». Je ne connaissais pas du tout Martin Munkacsi. Il était temps, je découvre ses photos et sa vie : un ensemble passionnant. Hongrois d’origine, Martin Munkacsi a connu la gloire en son temps avant de sombrer dans l’oubli. Avec l’expo, on le suit dans ses voyages : Berlin, New York, le Libéria, le Brésil. Photographe du mouvement, veille.jpgMunkacsi aimait tout particulièrement saisir des instants éphémères : une femme en train de sauter, Fred Astair dans un pas de danse, des enfants libériens courant vers la mer… Cette photo, celle des gamins du Libéria a été décisive pour Cartier-Bresson. À son sujet, il a déclaré : « J’ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans un instant. C’est la seule photo qui m’ait influencé. Il y a dans cette image une telle intensité, une telle spontanéité, une telle joie de vivre, une telle merveille qu’elle m’éblouit encore aujourd’hui. La perfection de la forme, le sens de la vie, un frémissement sans pareil… Je me suis dit : bon dieu, on peut faire ça avec un appareil… Je l’ai ressenti comme un coup de pied au cul : allez, vas-y ! ».