Y a pas que l’assiette !

Le blog de ce qui se mange… Et de ceux qui le mangent…

12 mai 2008

Dorian, des ailes dans le bordel

[Nouvelle rubrique et petite explication : vous êtes des milliers de blogueurs culinaires à poster régulièrement des recettes sur le net. Curieuse, j'ai envie de découvrir les vies, les passions, les histoires drôles et les failles qui se cachent derrière tous ces écrans. Dorian est le premier à s'être prêté au jeu (merci à lui d'avoir accepté de faire le cobaye). Si l'expérience vous tente, mailez-moi...]

Il se dit “Roi du mafé de sa rue”. Il a la plume légère et guillerette. Il est l’auteur du blog Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ?. Mais qui est vraiment Dorian ?

dorian_acrobate.jpgC’est une danse et un équilibre. Les plats sont dangereusement posés sur l’évier, prêts à tomber. Et pourtant, ils ne tombent pas. À voir Dorian cuisiner, on pense aux savants fous mythiques du cinéma. La touffe en moins. « Passion ça rime un peu avec taré », reconnaît l’intéressé.

Chorégraphie dans une cuisine, qu’il trouve « très petite », pour lui qui s’estime « monstrueusement bordélique ». Un bras aux manœuvres d’une poêle, l’autre qui s’élance vers des nouilles Udon. Il coupe la mozzarella buffala au doigt et offre une définition des nouilles japonaises. Ça sent bon les épices, la menthe, la coriandre, peut être la citronnelle. Ponctuation : « Je ne sais même plus ce que je dois faire ». Nouveau petit pas croisé, vers la fenêtre cette fois-ci, pour laisser entrer le chat des voisins qui se nourrit allègrement dans la gamelle des chats de Dorian, Lita et Illia. Faut que ça danse !

A l’assaut de Tang frères !

Le fou en lui s’est réveillé il y a maintenant vingt ans, en 1988. Avant, Dorian avoue presque incrédule : « Moi, j’étais classique dans ce que je bouffais ! ». Sans lui en tenir rigueur, il pense à l’éducation culinaire de sa mère : « Steacks et macédoine de légumes ». Mais un déménagement dans le 13ème arrondissement de Paris et un supermarché ont tout changé. Passé la porte de Tang Frères, paradis des produits asiatiques, Dorian s’est voulu digne de Marco Polo. Explorateur de nouveaux terroirs et curieux, il a fait de sa cuisine un lieu d’expérimentations. Et s’il confesse encore aujourd’hui : « J’ai toujours un peu peur de me planter », la seule règle qu’il se soit fixée reste : « Faut pas se prendre au sérieux ».

Une règle et un aveu. « J’aime bien les idées cons… ». Soudain, ses yeux pétillent. Il sourit en repensant à sa dernière farce. « On était 7 sur le coup ! ». Quel coup ? Un poisson d’avril. Sept blogueurs à être les premiers à poster une recette spéciale fève de Séva, cette graine qu’ils disaient venue de Madagascar, colorant naturel bleu. La blague est recherchée, elle fonctionne bien.

Dorian ? Sérieux ?

Il en rit encore. Tant et si bien qu’on peine à l’imaginer travailler sérieusement, comme formateur (en Sociologie et espagnol). Pourtant, en Socio, il a failli faire une thèse. Mais, en 2002, au bout de deux ans de labeur sur « La visibilité de l’intimité dans les lettres d’amour », ou comment l’intime peut être utilisé dans la sphère publique, en Justice, Dorian en a eu marre. La fatigue. L’envie de se libérer.

De cette réflexion, reste peut-être son blog, créé en 2005. « C’est un roman, presque un journal ». Le titre Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? est une question-réponse. L’amour de la cuisine, le goût de l’écriture. Ce ne sont pas que ces œuvres culinaires que Dorian croque. C’est sa vie. Marie, sa femme et leurs trois enfants. La limite : « le trop perso ». Résultat, son blog est fantasmatique, drôle, bien écrit et complètement loufoque. Extrait.femme_photo.jpg « C’est à ce moment que Marie me regarde, je suis en sueur, le visage couvert des poils que j’ai arrachés au chat alors que je pensais attraper des amandes… Elle me regarde, même plus étonnée, et dit juste chocolat ? Chocolat… Que je lui réponds alors avec une voix de canard vieillissant… Le chocolat est un loup pour l’homme ! ». Marie muse et photographe prend toutes les photos du blog. C’est à elle aussi que revient le rôle de reproduire les œuvres gustatives de Dorian qui accorde : « Je cuisine rarement deux fois la même chose ».

« Je ne regrette pas », assure donc Dorian quand il évoque sa thèse. Comment regretter ? La vie de Dorian semble emplie de petites fantaisies. Sa maison achetée à Maule, en Ile-de-France. Ce n’est pas la cuisine qui l’a convaincu, mais des détails comme ces fenêtres qui coulissaient drôlement. Au sous-sol, c’est son trésor. Une épicerie personnelle double les ingrédients de la cuisine. Un second frigo pour stocker les bonnes choses. Une pièce entière consacrée aux moules, aux plats, aux bocaux, etc… Sa passion prend de la place, il ne l’impose pourtant pas à ses enfants qui « aimeraient parfois bien manger des choses plus classiques ». « Chacun doit avoir ses propres passions », juge Dorian.

armoire_delices.jpg
Au sous-sol de sa maison, le trésor de Dorian.

Au détour d’une conversation, il se sacre « Roi du mafé de [sa] rue », un plat malien qu’il a appris à cuisiner avec un ami sénégalais. Au détour d’une conversation, il révèle aussi : « Je suis un grand timide qui s’est soigné ». Il ne mange souvent pas le midi, une « vielle habitude » du temps d’un job en continu, et observe ses invités déguster sa fantaisie. Qu’on le complimente sur sa magnifique salade mozzarella, lentilles, fenouil, cœurs d’artichaut, Dorian, rougit délicatement, esquisse un sourire. Léger.

Photos: Renée Greusard
  1. Virginie a dit,

    Merci pour ce joli portrait!

  2. Sha a dit,

    C’est quand même génial la fève de Seva, et si bon :)

  3. loukoum°°° a dit,

    Virginie a raison, c’est un très joli portrait…
    Moi la dernière fois que j’ai mis un plat en équilibre il s’est renversé.
    Du mauvais côté. forcément.
    Un gâteau rhubarbe et fraises, si c’est pas dommage ;)

  4. Tiuscha a dit,

    Un très agréable portrait, je ne le connais que via son blog et certains détails m’avaient échappés, si ce n’est que Marie est plus présente que les enfants je trouve…

  5. Renée Greusard a dit,

    Virginie : Merci pour le compliment, ça me touche beaucoup. M’enfin je ne suis qu’artisane! C’est Dorian qui est un bon modèle ;)

    Sha : Ce qui est fou avec votre gag, c’est qu’on en rêve un peu de cette fève maintenant… Ce serait génial qu’elle existe pour de vrai dans la vraie vie. Un monde de stroumphs s’ouvrirait à nous.

    Loukoum : Ne m’en parle pas… La loi de Murphy et de la tartine beurrée qui tombe du mauvais côté, c’est toujours pour ma pomme. Pour mes 13 ans, c’est même mon gâteau d’anniversaire, qui s’est retrouvé en contact direct avec le parquet de ma grand-mère. Quand tout le monde chante “joyeux anniversaire”, un gâteau qui fait sproutch, c’est mémorable.

    Tiuscha : La pudeur de Dorian c’est (pour moi), toute la magie de son blog. Le voile subtil du conteur emmitoufle le réel.

  6. Tit' a dit,

    Ah, oui, oui, c’est bien lui, tenez ! Bien croqué, le portrait… Bon, reste plus qu’à aller découvrir un jour sa caverne d’Ali Baba. J’adore le (faux) bordel qu’il y a chez lui ! Et moi qui passe mon temps à ranger et à ne savoir jamais où j’ai planqué les choses ! ;)

  7. PHILO a dit,

    J’adore Dorian, son blog, ses recettes, les photos de Marie, je suis contente d’apercevoir sa cuisine, le trésor dans sa cave. Merci

  8. gracianne a dit,

    Comme c’est bien ecrit renee - c’est tout a fait lui.

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