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16 mars 2008

Jean-Robert Pitte : « Plutôt que de faire de la résistance à la mondialisation, profitons-en ! »

pitte.jpgL’assiette continue de se pencher sur la candidature de la France à l’Unesco (pour faire reconnaître sa gastronomie au patrimoine mondial de l’humanité). Après l’avis de Gérard Cagna, voici celui de Jean-Robert Pitte. Président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires qui instruit le dossier, il est aussi géographe et ancien président de l’université Paris IV (Sorbonne). Les deux membres de la mission tiennent des discours divergents. Quand Gérard Cagna voyait en la candidature française un acte de résistance, Jean Robert Pitte se fait plus nuancé… Ils devront pourtant travailler ensemble.

Après l’annonce de Nicolas Sarkozy, on a beaucoup parlé des chefs et de leur intérêt dans cette mission. Qu’en pensez-vous ?
Jean-Robert Pitte : La mission n’a pas de rapport direct avec les chefs ! C’est un de ses volets importants, mais pas le plus important ! Notre volonté est plutôt d’inscrire la cuisine quotidienne au patrimoine immatériel de l’humanité. Nous voulons inscrire l’ensemble de la filière alimentaire au patrimoine de l’humanité. Du produit de base jusqu’au consommateur.

Vous êtes géographe. Que pensez-vous apporter de plus à la mission ?
JRP : Pour moi ce projet est spécifiquement géographique. Le patrimoine français est d’abord un patrimoine régional.

Votre mission ne nie-t-elle pas l’influence des cuisines étrangères ?
JRP : Au contraire, nous voulons montrer que la cuisine française évolue, comme toutes les cuisines du monde d’ailleurs. L’alimentation est forcément un domaine du métissage.

Comment la mission sera-t-elle financée ?
JRP : En partie par l’Etat et par des financements privés, comme des mécènes, des organismes agricoles, des syndicats…

En 2005, le Mexique avait aussi demandé à ce que sa gastronomie soit inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité. Ne craigniez-vous pas d’essuyer à votre tour un refus ?
JRP : Non. La demande du Mexique n’était pas tout à fait la même. Les Mexicains voulaient inscrire leur gastronomie au patrimoine intangible, nous voulons l’inscrire au patrimoine mondial immatériel.

Contacté par L’assiette, Gérard Cagna estimait que cette mission est un acte de résistance au cœur de la mondialisation. Le rejoignez-vous ?
JRP : Pour moi la mondialisation n’est ni négative, ni positive. On peut en tirer le meilleur et plus mauvais possible. Plutôt que de faire de la résistance à la mondialisation, profitons-en ! Ce sont des produits en plus et des clients supplémentaires en France.

Vous êtes vous-même passionné de cuisine. S’il fallait en choisir un, quel produit défendriez-vous particulièrement ?
JRP : Vous pensez bien que je ne répondrai pas à cette question ! Tous les produits méritent d’être défendus. Qu’ils soient d’ailleurs solides ou liquides !

Photo: Marie-Lan Nguyen

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