Les poules du 21ème siècle sont-elles folles ?
Dans les supermarchés, les clients ont pu être surpris. Le 16 février, les fritures, cloches, poules et oeufs de pacques avaient déjà investi les rayons des supermarchés. Enquête sur un mystère moderne.

Lapins en tête de gondole d’un supermarché lillois, le 18 février (photo: Renée Greusard)
Soleil radieux. Ciel limpide. Température douce de printemps. Aujourd’hui, le temps se foutait doucement de nous. La blague de l’effet de serre en somme. Ça prend avec certain-e-s. Les petites vestes légères ont parfois été extirpées des placards.
Qui d’autre s’est fait avoir? Les poules! Et les cloches aussi. Chaque année leur jour de gloire arrive à Pâques. En 2008, les poules ont voulu jouer les stars plus tôt. A Lille tous les grands supermarchés, de Wazemmes au vieux Lille, ont déjà installé la semaine dernière des rayons entiers de chocolat.
Rien d’anormal selon leurs employés
Christelle est responsable à LIDL depuis 10 ans : « On installe toujours les rayons à l’avance. Parfois même 3, 4 mois à l’avance ». Demandez-lui son opinion sur cette mise en place prématurée, la jeune femme répond sans crainte : « Je trouve ça aberrant! Après, arrivés à la période de Pâques, on a plus rien à vendre parce que les entrepôts sont vides ! ».
Pour les clients cette valse des fêtes inspire une certaine perplexité. « Ah oui j’ai vu ça la semaine dernière. J’ai dit, c’est pas possible on a plus de repères » s’étonne Marie Paul, yeux écarquillés derrière de massives lunettes rouges.
Chez un concurrent, Emmanuel reconnaît : « On est obligé d’anticiper les ventes pour vendre plus ». Il poursuit : « Les événements de saisons sont plus marqués dans la durée ». L’idée est claire : passer rapidement d’une fête à une autre. Avoir toujours des produits à vendre. Après Noël, accourent les rois mages, puis Cupidon les éjecte d’une flèche, et enfin nous voilà au sujet du moment : le pauvre Cupidon se noie sous le chocolat.
Chez les chocolatiers professionnels, le petit ange n’a pas encore été mis à la porte. On est lundi et les artisans ont fermé leurs magasins. Alors Cupidon profite. Rigolard chez Neuhaus (le chocolatier bruxellois de Lille), les ailes déployées, l’arc bandé au dessus d’un coffret en cuir rouge. Figé en photo dorée chez Meert, perdu parmi une montagne de paquets blancs en formes de coeurs. Dans l’une des rares chocolateries ouvertes, Colette reconnaît : « Noël et Pâques, pour nous c’est la récolte ». Les poules n’ont pourtant pas encore envahi le magasin : « Là, on reçoit tous les moulages. La vitrine sera faite pour le mardi 26 ».
Alors, tentés par une diatribe sur le profit, cet assassin des traditions et de l’attente magique des fêtes? N’oubliez pas de blâmer le concile de Nicée, aussi responsable dans ce vaste complot. En 325, il fixe la date de Pâques. Une bonne fois pour toutes après trois siècles d’engueulades. La règle fixée semble un peu obscure : « Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune [pleine Lune] qui atteint cet âge au 21 mars [équinoxe] ou immédiatement après ». En Français, ça veut dire qu’il faut attendre 14 jours après la pleine lune pour commencer à espérer manger du chocolat. Ce qui n’est techniquement possible qu’à partir du 22 mars et jusqu’au 25 avril inclus. Donc si les poules deviennent folles, c’est un peu la faute du Christ aussi. Cette année, (sûrement débordé) il a choisi de ressusciter le plus tôt possible. Si même lui, s’y met…
Ya plus de saison ma bonne dame!
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