Montréal, le voyage dans le voyage (4ème jour)
Régime québécois.
Le matin quand ils se lèvent, les Québécois mangent souvent un bagel (le pain troué américain) tartiné de peanut butter et de confiture. Spécialité locale. On y a goûté hier sur les conseils de Fabien. Pas mauvais, mais pas délicieux non plus.
Aujourd’hui nos hôtes vont à la fac. On va se balader tous seuls dans le vieux Montréal, et sur les rives du Saint-Laurent. Mais très vite on est pris dans une tempête de neige. Un vent glacial souffle et la neige recouvre tout à une vitesse stupéfiante. Que font les Québécois dans une telle situation ? Ils se réfugient dans un café ou dans la « ville souterraine ». On opte pour la deuxième solution, l’occasion de découvrir le plus grand réseau de galeries souterraines du monde entier. Les galeries permettent d’abord de se déplacer dans Montréal tout en restant bien au chaud. Certaines galeries sont aussi marchandes. Et il y a bien sûr le centre commercial du « Complexe Desjardins ». En fait tout est organisé pour que les Québécois ne s’arrêtent pas de consommer au moindre coup de froid. Vers 15h30, on a faim, pas mangé à midi. On s’achète un hot-dog. « Grillé ou steamé ? » demande le vendeur. Plaît-il ? Là, vraiment on ne comprend pas. Finalement il nous explique : c’est pour la cuisson du pain. Est-ce qu’on veut le veut grillé ou cuit à la vapeur. Aaahhh « steamé » comme « Steam » alors ! « Steam » signifie chaleur, vapeur en anglais. Après ça, ils prétendent lutter contre les anglicismes : mon œil, oui ! Ils luttent sur certaines choses, mais sur d’autres beaucoup moins. Combien de fois on a entendu le mot « Cute » (à la place de mignon) dans une conversation : « Il est trop cute mon tcheum (mec) ». Et puis comme Keltoum me le disait, ils jonglent en permanence entre l’anglais et le français. En plein milieu d’une phrase quelqu’un va se mettre à parler anglais, sans choquer le moins du monde son interlocuteur. Le soir on rejoint Fabien et Keltoum dans un bar, près de leur fac, pas loin du centre ville. On boit des petits coktails, et on met les voiles assez rapidement. On a décidé sur un coup de tête d’aller au cinéma voir Congorama. C’est un film avec des acteurs français (Olivier Gourmet, Jean Pierre Cassel), mais aussi des acteurs québécois. La moitié du film se passe au Québec, l’autre en Belgique. Une histoire de filiation impossible, de destins entremêlés, et d’une autruche, pardon, d’un émeu, au milieu d’une route.
J’en dis pas plus, c’est un film assez sympa, à voir, si ce n’est déjà fait. Quand on sort, on cède enfin aux revendications de Jonas : manger une « poutine ». C’est aussi une spécialité québécoise et c’est bien ce qui m’inquiète. Dans ce pays de grand froid, on mange d’abord pour se constituer des réserves de gras. La poutine, c’est donc : des frites qui baignent dans une sauce faite à base de gras de viande, le tout généreusement arrosé de fromage. C’est pas franchement délicieux, mais ça se mange. Le resto où nous ont emmenés Fabien et Keltoum, en a fait sa spécialité. Ils font des milliers de poutines : la poutine « Olé ! Olé ! » (sauce italienne, piments et poivrons), la poutine « Galvaude » (poulet et pois), la poutine « Kamikaze » (merguez, piments), etc…
Quand on sort, il fait - 20°, température ressentie (avec le vent) - 35° ! Par ce temps là, Jonas a l’impression que sa barbe gèle et moi que tous les liquides de mon corps se glacent. La poutine prend subitement tout son sens !
Photos: Jonas Roux
Montréal, le voyage dans le voyage (3ème jour)
Un peu de vocabulaire québécois ?
Petite anecdote de Keltoum : un jour, à l’occasion d’une réunion à la fac, elle et Fabien avaient fait une tarte au citron, complètement ratée. Un des étudiants québécois s’est accroupi pour regarder la tarte sous tous les angles, d’un air circonspect, avant de conclure : « Elle est intense cette tarte ! ». Ici « Intense » veut dire « Bizarre ». En allant au marché, on révise le lexique déjà appris. On a déjà pu constater que les Québécois disent souvent « Allô » au lieu de « Salut ». Croyez moi c’est surprenant : il est au téléphone celui-là ou quoi ? Puis pour dire au revoir, les Québécois disent « Bonjour ». Pas dénué de toute logique, ils disent « bon-jour », comme on dit « bonne journée ». Mais tout de même quand on est Français, on a tout juste l’impression que les Québécois font tout à l’envers. Au marché, je dis « Merci » au maraîcher, il me répond « Bienvenue ! ». C’est bizarre de se voir dire « Bienvenue », par quelqu’un qu’on quitte, mais en fait c’est l’équivalent du « You’re welcome ! » anglais. Et ça veut tout simplement dire « Y a pas de quoi !».
Montréal, le voyage dans le voyage (2ème jour)

On s’est couché tard la veille (4 heures du matin), alors on se réveille tard, vers midi. Après s’être préparé tranquillement, on va « bruncher » avec Keltoum. Fabien n’est pas là, il est parti jouer au hockey sur pieds. C’est comme du hockey sur glace, mais sans patins (et sans glace - cqfd). Les Québécois appellent leur crosse « un bâton ». De notre côté, discussion sur la religion (Keltoum est musulmane, nous sommes athées) autour d’omelettes et de pancakes pleins de sirop d’érable. En fin d’après-midi, Fabien nous rejoint. On va sur le Mont-Royal faire de la luge, ou plutôt du « Crazy Carpet » : c’est un tapis de plastique avec deux trous pour le tenir à l’avant et c’est parti ! On fait une première descente à quatre. Très périlleux. Si on m’avait dit que je penserai mourir un jour en faisant de la luge… Il faut dire qu’ici la luge, c’est loin d’être une plaisanterie. Il y a des pistes réservées et on peut aussi louer des bouées-luges. Certaines pistes sont pleines de bosses. Je trouve ça super dangereux. Visiblement, je suis la seule… Pleins de gamins s’éclate comme des petits fous. Jonas au milieu d’eux est tout autant ravi. Il tente la descente sur le ventre, la tête la première. Le goût du risque… Ensuite on monte au sommet du Mont-Royal. D’ici on voit tout Montréal ou presque. C’est très grand. Les buildings du centre-ville, le pont du fleuve Saint-Laurent, les lumières qui s’étendent à l’infini.
21h45, on sort. C’est la nuit blanche. On a décidé de la passer dans le vieux Montréal et dans le quartier du vieux port. On a rendez-vous au musée Pointe-à-Callière avec des amis de Fabien et Keltoum.
Des cabanes à sucre ont été installées partout dans Montréal. Alors, avant d’entrer dans le musée, on goûte à la spécialité québécoise du « tir d’érable sur neige » : du sirop d’érable est versé sur de la neige propre. Ensuite on pose un bâtonnet sur la plaque de sirop d’érable. Au contact de la glace, le sirop se durcit, on l’enroule alors autour du bâtonnet pour obtenir une sorte d’esquimau. Surprenant mais très bon. Au musée Pointe-à-Callière, une expo sur « les Iroquoiens du Saint Laurent, peuple du maïs ». L’expo revient tout particulièrement sur la découverte par Jacques Cartier du Québec et des Iroquoiens. Puis l’expo permanente « Ici naquit Montréal ». Et enfin : des contes amérindiens racontés par des conteurs québécois. Très, très sympa. Après le musée, on va faire un tour du côté du vieux port. Il y a toute une installation autour de la lumière. En fond sonore de la techno très fort (décidément les québécois aiment la techno). Une tente en forme de sphère a été installée sur le port. L’animation s’appelle « Silence, on danse ». Ceux qui ont eu le courage de faire la queue pendant plus d’une heure se feront prêtés un casque. Et donc tout le monde danse sur la même musique, déversée dans les casques, dans un lieu pourtant silencieux. C’est marrant, mais pas assez à notre goût pour attendre si longtemps dans le froid. Fabien et Keltoum se lancent dans une partie de « soccer », c’est comme ça qu’ils appellent le foot ici.
Pendant ce temps, je fais la queue pour acheter des saucisses des cerfs, de sanglier à la bière et des chamalows qu’on braisera sur les feux installés pour l’occasion. Il fait froid. Je trépigne vaguement dans le rythme de la musique pour patienter. On part pour l’hôtel de ville. Sur le chemin, on croise d’autres Montréalais patients. Ils font la queue pour pouvoir profiter de la piste de bobsleigh : 120 mètres de piste, quelques secondes de plaisir pour plus d’une heure de queue… À l’hôtel de ville, un gugus complètement coincé donne un cours de danse rock au milieu d’une foule d’apprentis danseurs : « Kick, step, kick step, tour sur soi même, kick, step ». Il est accompagné d’une duduche, pas très à l’aise elle aussi. Les « kick step » c’est pas très rigolo, on préfère se secouer dans tous les sens ! Après s’être un peu baladé dans le centre ville, on rentre (épuisés). Il est 3h30 du matin. La France se lève, nous on se couche. Bonne nuit !
Photos: Jonas Roux
Montréal, le voyage dans le voyage (1er jour)
On prend le bus à Port Autority. Ici c’est le moyen de locomotion des pauvres. L’Américain moyen qui veut aller à Montréal prendra plutôt l’avion. On attend donc notre bus avec les pauvres d’ici : des noirs, des gros (ici quand on est pauvre on est souvent gros, tout simplement parce qu’on peut manger pleins de choses mauvaises, en quantité, et pour très peu de sous), et des étudiants fauchés qui comme nous veulent voyager sans se ruiner. Le bus a une heure de retard. Alors on attend, les fesses posées sur nos bagages. L’employé de la compagnie vient de temps à autre nous voir avec une excuse bidon « Lot of trafic ! Lot of trafic ! ». Enfin on part. New York avec de la distance toujours aussi jolie. Comme sur les cartes postales. Sur la route, paysages enneigés, forêts à perte de vue. On fait une pause à Albany. J’apprends, très surprise, que c’est la capitale de l’état de New York. De retour dans le bus je lis les trois quart de « The Economist ». Pleins d’articles passionnants sur l’actualité et l’état du monde. Et puis pour ne pas devenir trop intelligente, je lis aussi « OK! », un tabloïd américain. Je prends des nouvelles de « Brangelina » (surnom donné à Brad Pitt et Angelina Jolie), Britney et ses cheveux (rien de nouveau sur son scalp), et pour finir en beauté : le feuilleton Anna Nicole Smith. Petite digression sur Anna Nicole Smith. Violée par son beau père, battue par sa mère, mannequin pour playboy, veuve très riche d’un milliardaire, mère éplorée d’un jeune homme suicidé, Anna Nicole Smith est morte il y a plus d’un mois, après une overdose. Elle laisse derrière elle une fortune d’environ 500 millions de dollars et un bébé de quatre mois. On ne parle que de ça ici. Qui va récupérer l’oseille ? Trois hommes ont déjà revendiqué la paternité du bébé. Des tests vont avoir lieu pour débusquer qui dit vrai et qui dit faux. Une affaire vraiment sordide.
22h30 : on arrive enfin à Montréal. On est acceuilli par Fabien et Keltoum, un couple d’amis français. Jonas les avait rencontrés pendant le mouvement anti-CPE. Ils sont à Montréal depuis 9 mois pour y suivre un cursus de Sociologie. On mange un bout rapidement dans la gare. Il faut que je fasse vraiment attention, ici tout est sujet au fou rire. En arrivant le réseau du portable change de nom : aux Etats-Unis c’était Verizon, ici c’est Rogers. Ensuite Fabien nous propose de manger des pointes. Ce à quoi je répond : « hein ? ». En fait des pointes c’est des parts de pizza, l’équivalent des slices. Je trouve ça assez marrant, mais ce n’est rien comparé à la question que s’apprête à nous poser le serveur de pointes : « Voulez vous tu des breuvages vous autres ? ». Fou rire. Le serveur ne m’aide pas. Les pizzas sont prêtes. Il nous dit plein d’entrain : « Les quatre pointes sont là ! ». Après avoir mangé nos « pointes » et bu notre « breuvage », on va poser nos bagages chez Fabien et Keltoum. Ils habitent une rue super jolie. La neige a tout recouvert, la rue, les arbres, les voitures… (voir photo ci-dessous) On repart directement. Des amis de Fabien et Keltoum ont loué un bar pour fêter leurs anniversaires. La bar : lumière rouge tamisée, Québécois alcoolisés, techno à fond. J’ai testé, pour vous lecteurs, danser sur des rythmes endiablés avec mes trois paires de collants, mes deux paires de chaussettes, mes bottes de pluie, deux coktails dans le sang, 8 heures de bus dans les jambes. Et ce jusqu’à trois heures du matin (non-stop). On devrait me donner une médaille. En rentrant bataille de neige, comme à l’aller : faut que ça saigne !

Photos: Jonas Roux
Un après-midi dans les Washington Heights
Notre linge est sale. La semaine dernière on a fait une machine au lavomatic, mais ça n’a pas suffit. Il va falloir reprendre nos aventures au lavomatic. Je suis désespérée… Je déteste faire des machines. Trop de choses bêtes et qui prennent la tête pendant trois heures (trier le linge, séparer les matières, les cycles impossibles à comprendre…). Mais ouf, c’est mon jour de chance : on a plus de 8 pounds de linge sale, on va pouvoir confier cette tâche ingrate à quelqu’un d’autre. Alors je vous entend vous demander : « Mais comment ça ? ». Et bien tout simplement en allant dans une laverie qui fonctionne au poids. On donne notre linge sale à l’employée de la laverie. Elle le pèse, on payera en fonction du poids de notre sac de linge sale. Bien évidemment plus c’est lourd, plus on paye cher. Quelques heures plus tard, on récupère son linge propre, sec et plié. J’adore les États-Unis ! Coût de l’opération 13$, un peu plus cher que le lavomatic, le prix de notre paresse. À midi, on va manger dans un bouiboui de notre quartier latino. Un restaurant salvadorien : « La Cabana Salvadorena ». Planter le décor. Une telenovela en fond sonore, de la salsa en deuxième fond sonore, des fleurs en plastiques roses fluo pour décorer les tables… Quand il faut passer la commande, la serveuse nous parle en espagnol. Mon espagnol n’est plus récent, je passe la commande moitié espagnol, moitié anglais. Il prendra un steak à la mexicana, je prendrai un ceviche de camarones (ceviche de crevettes). On ne sera pas déçu. Les plats (environ 10$) sont succulents. Ils ont été servis avec du frijoles, une purée grossière d’haricots rouges et de viande. Super bon. Surprenant ce restaurant ! Si vous veniez à vous balader dans le quartier, on vous le recommande vivement, d’autant que les guides ne disent pas grand chose sur les Washington Heights. En sortant, on longe les rives de l’Hudson River pour arriver à Ford Tryon Park. Ce parc très joli et un peu plus fleuri que Central Park abrite le Cloister, une annexe du Met, dont la collection est exclusivement médiévale.
Le Cloister temple de l’anachronisme.

The Cloisters, au coeur de Fort Tryon Park (photo: Jonas Roux)
Le Cloister est un lieu vraiment très intéressant. D’abord pour son histoire. C’est grâce à Rockefeller (encore lui…) que ce lieu hybride a été construit. Le Cloister a été construit à partir d’éléments architecturaux de différents lieux et de différentes époques. Concrètement ça veut dire que le musée intègre dans son architecture des portails en provenance d’églises françaises du 12ème siècle, mais aussi l’abside de l’église de San Martin à Fuentiduena. Quant aux objets exposés, sculpture, tapisseries, peintures, ils viennent eux aussi d’Espagne, d’Allemagne, de France ou de Belgique. Complètement anachronique ce lieu ! Une culture inexistante aux États-Unis et donc importée jusque dans l’architecture du musée… Les Américains manquent de passé. Nation trop jeune. On rentre chez Rebecca par Broadway. Les boutiques espagnoles, les gens qui parlent espagnol, rien à voir avec le Manhattan de Greenwich. On déménage une dernière fois ce soir. On quitte Tobey, le chat de Rebecca. On a veillé sur lui durant notre séjour dans les Washington Heigts. Il nous a contraint à des interrogations vertigineuses : « Est-ce que le chat comprend quand on lui parle français ? Est-ce que le chat réalise qu’on parle une langue différente ? Si on prononce mal Tobey, tu crois qu’il comprend quand même ? ». Des questions malheureusement sans réponses. À notre retour, on rendra une petite visite au chat du Rabbin pour plus de clarté dans cette caverne métaphysique des chats.