Montréal, le voyage dans le voyage (1er jour)
On prend le bus à Port Autority. Ici c’est le moyen de locomotion des pauvres. L’Américain moyen qui veut aller à Montréal prendra plutôt l’avion. On attend donc notre bus avec les pauvres d’ici : des noirs, des gros (ici quand on est pauvre on est souvent gros, tout simplement parce qu’on peut manger pleins de choses mauvaises, en quantité, et pour très peu de sous), et des étudiants fauchés qui comme nous veulent voyager sans se ruiner. Le bus a une heure de retard. Alors on attend, les fesses posées sur nos bagages. L’employé de la compagnie vient de temps à autre nous voir avec une excuse bidon « Lot of trafic ! Lot of trafic ! ». Enfin on part. New York avec de la distance toujours aussi jolie. Comme sur les cartes postales. Sur la route, paysages enneigés, forêts à perte de vue. On fait une pause à Albany. J’apprends, très surprise, que c’est la capitale de l’état de New York. De retour dans le bus je lis les trois quart de « The Economist ». Pleins d’articles passionnants sur l’actualité et l’état du monde. Et puis pour ne pas devenir trop intelligente, je lis aussi « OK! », un tabloïd américain. Je prends des nouvelles de « Brangelina » (surnom donné à Brad Pitt et Angelina Jolie), Britney et ses cheveux (rien de nouveau sur son scalp), et pour finir en beauté : le feuilleton Anna Nicole Smith. Petite digression sur Anna Nicole Smith. Violée par son beau père, battue par sa mère, mannequin pour playboy, veuve très riche d’un milliardaire, mère éplorée d’un jeune homme suicidé, Anna Nicole Smith est morte il y a plus d’un mois, après une overdose. Elle laisse derrière elle une fortune d’environ 500 millions de dollars et un bébé de quatre mois. On ne parle que de ça ici. Qui va récupérer l’oseille ? Trois hommes ont déjà revendiqué la paternité du bébé. Des tests vont avoir lieu pour débusquer qui dit vrai et qui dit faux. Une affaire vraiment sordide.
22h30 : on arrive enfin à Montréal. On est acceuilli par Fabien et Keltoum, un couple d’amis français. Jonas les avait rencontrés pendant le mouvement anti-CPE. Ils sont à Montréal depuis 9 mois pour y suivre un cursus de Sociologie. On mange un bout rapidement dans la gare. Il faut que je fasse vraiment attention, ici tout est sujet au fou rire. En arrivant le réseau du portable change de nom : aux Etats-Unis c’était Verizon, ici c’est Rogers. Ensuite Fabien nous propose de manger des pointes. Ce à quoi je répond : « hein ? ». En fait des pointes c’est des parts de pizza, l’équivalent des slices. Je trouve ça assez marrant, mais ce n’est rien comparé à la question que s’apprête à nous poser le serveur de pointes : « Voulez vous tu des breuvages vous autres ? ». Fou rire. Le serveur ne m’aide pas. Les pizzas sont prêtes. Il nous dit plein d’entrain : « Les quatre pointes sont là ! ». Après avoir mangé nos « pointes » et bu notre « breuvage », on va poser nos bagages chez Fabien et Keltoum. Ils habitent une rue super jolie. La neige a tout recouvert, la rue, les arbres, les voitures… (voir photo ci-dessous) On repart directement. Des amis de Fabien et Keltoum ont loué un bar pour fêter leurs anniversaires. La bar : lumière rouge tamisée, Québécois alcoolisés, techno à fond. J’ai testé, pour vous lecteurs, danser sur des rythmes endiablés avec mes trois paires de collants, mes deux paires de chaussettes, mes bottes de pluie, deux coktails dans le sang, 8 heures de bus dans les jambes. Et ce jusqu’à trois heures du matin (non-stop). On devrait me donner une médaille. En rentrant bataille de neige, comme à l’aller : faut que ça saigne !
