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19 février 2007

Le « Presidents Day », Britney et Ellis Island

Aujourd’hui c’est le « Presidents Day ». J’ai déjà fait crouler mon prof d’anglais 
sous les questions. « Et c’est quoi le “Presidents Day” ? Et vous ferez quoi pour
 le “Presidents Day” ? Y aura une parade pour le “Presidents Day” ». Malheureusement, je 
n’ai obtenu que des réponses allusives : « J’sais pas… » ou encore « Bin c’est 
pour honorer la mémoire des présidents morts » ! Premier éclat de rire : « Honorer 
la mémoire des présidents morts ?! Comment vous comptez vous y prendre ? » Réponse : 
« J’sais pas, il va y avoir des soldes… ». Je ris de plus belle. Mais ça c’était 
il y a trois jours. Aujourd’hui, c’est le « Presidents Day » et j’attend de voir, 
impatiente, ce qui va se passer. Je ne serai pas enthousiaste longtemps. Les 
journaux gratuits (il y en a bien une vingtaine ici) ne parlent presque pas du
 « Presidents Day ». Non. Une nouvelle de la plus haute importance a fait s’éclipser la mémoire des présidents morts. Le scoop occupe toutes les unes, ostentatoire… La nouvelle qui ressemble de près à l’annonce d’une Troisième Guerre Mondiale, c’est… Britney… Britney et ses cheveux, ou plutôt Britney sans ses cheveux.

« Bald Britney »

britney.jpg

« What was she thinking ? ». C’est la question que tout le monde se pose ici. Les spéculations vont bon train. Elle s’est rasée la tête parce que :

  • elle s’est disputée avec sa mère, et qu’elle voulait la faire bisquer.
  • elle est droguée et folle depuis que son mari et elle sont en train de divorcer.
  • elle perd de sa popularité et que tous les moyens sont bons pour revenir sur le devant de la scène.

Dans les journaux, on avait même le droit à l’interview du coiffeur qui a tondu Britney, mais aussi à l’interview de la coiffeuse qui a refusé de tondre Britney ! Maintenant ses cheveux sont vendus sur eBay, les enchères ont commencé à un million de dollars. Avis aux amateurs de cheveux gras de chanteuse has been en mal de célébrité.

ellis.jpgAllez on quitte Manhattan, l’effervescence des tifs de Britney, direction Ellis Island ! Pour moi, Ellis Island, c’est d’abord une scène du Parrain. Don Corleone gamin arrive sur l’île, il reste muet, on le met en quarantaine. Il chante la chanson de son village natal à la fenêtre… Soyons honnêtes, Ellis Island pour les touristes : rien à voir avec le Parrain. C’est un lieu très froid. Dans le hall où les immigrants étaient parqués avant d’être inscrits sur des listes, les voix résonnent en dessous des drapeaux américains. C’est aussi très émouvant d’imaginer tous les immigrants qui ont transité par Ellis Island, d’imaginer aussi les rêves qu’ils portaient, persuadés de connaître une vie meilleure. Une anecdote retient notre attention : après les tests médicaux, les Américains posaient des tas de question stupides durant le test de santé mentale. Après qu’on lui a demandé photos.jpg« Quand vous nettoyez des escaliers, vous commencez par le bas ou par le haut des marches ? », une immigrante a répondu « Je ne suis pas venue aux Etats-Unis pour nettoyer des escaliers ». Ellis Island, c’est aussi les 2% d’immigrés qui étaient renvoyés dans leur pays d’origine. Parfois des familles étaient déchirées. Je pense terriblement à Gorée (l’île aux esclaves de Dakar). Rien à voir bien sûr… Mais tout de même, tous ces gens parqués, pesés, examinés, traités comme des moins que rien ? Et le tout sur une île. Les Américains n’ont pas l’air de vouloir mettre en avant la dimension tragique d’Ellis Island. Au « gift shop », on peut prendre une photo de soi, qui après retouche nous mettra dans la peau d’un immigrant ! Super chouette ! Vive le bon goût américain…

Photos: Jonas Roux