Journée rocambolesque ou notre (folle) journée inutile
Aujourd’hui de 8h00 à 22h30, on vadrouille dans New York, et on ne fait que des choses stupides et inutiles…
8h00 : Trajet habituel et long des Washington Heigts vers l’école en bas de l’Empire State building.
13h30 : On va à la gare routière (Port Autority) pour acheter des billets de bus : on part à Montréal vendredi !
14h00 : On a remonté les rues jusqu’à la 59ème pour arriver enfin à Central Park. Il fait un temps magnifique. Toutes les calèches kitchs pour touristes sont de sortie. On pourrait payer 34$ pour avoir l’honneur de monter dans l’une de ces calèches décorées de magnifiques fleurs en plastiques, recyclées après l’enterrement des grands-mères des cochers. Pour finir le tableau en beauté, ils portent d’ailleurs des chapeaux haut de formes très fatigués. On est classe ou on ne l’est pas !
15h15 : On est à l’Apple Store sur la 5ème avenue. C’est le plus grand magasin Apple du monde. Il est ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, 365 jours par an. On y est surtout venus parce qu’on peut envoyer et consulter ses mails gratuitement. Seuls quelques privilégies ont pu accéder à des ordis avec chaises. Nous, on se contente de rester debout. Très vite l’envoi urgentissime de notre mail se transforme en séance photo pour adolescents pré-pubère. Les nouveaux Mac ont des webcams intégrées. On se prend en photo sous toutes les coutures : nous, comme dans une peinture, nous en noir et blanc, nous façon Andy Wharol. Qu’est-ce qu’on s’amuse !

16h15 : On continue notre journée qui ne sert à rien. Etape de choix : le magasin Disney. 3 étages. Le paradis pour essayer des diadèmes en plastoc et des oreilles Mickey.
16h30 : On marche jusqu’à Saint Patrick, la cathédrale de style néogothique de New York. Surprise, une messe a lieu à l’intérieur. Jerry est mort. Il était jeune : 37 ans, comme l’indique le faire part que nous a donné l’un des sbires, postés à l’entrée de l’église pour empêcher les touristes comme nous d’emprunter l’allée principale ou d’accéder à l’autel. Pour être enterré à Saint Patrick, Jerry devait avoir beaucoup d’argent. Il était aussi ami avec le prête. C’est le sbire qui nous l’a dit. À la sortie de l’église, cornemuse et gardes du corps (géants) qui protègent une proche (petite). Quand est arrivés dans l’église, elle faisait un discours dans une robe très chic. Un peu surréaliste tout ça quand même.
16h45 : Rockefeller Center. Après s’être moqué des gens en train de faire du patin à glace, on entre dans le Rockefeller Center. Avant de monter au dernier étage du building, on doit se farcir toute la liturgie de ce merveilleux homme qu’était John Davison Rockefeller, fondateur de la fortune Rockefeller. Son rôle héroïque pendant la crise de 29, son rôle de mécène, sa femme machin, son fils machin… Blablabla… Chut ! On admire la vue de la terrasse. Grandiose. D’ici, Central Park est un rectangle, les voitures des jouets. On se sent maîtres du monde.

Central Park, vu de la terasse du Rockefeller Center (photo: Jonas Roux)
17h30 : On marche encore et encore jusqu’à Greenwich. Tranquillement : on fait aussi les magasins. J’achètes des bottes (trop belles), âprement négociée avec mon banquier.
19h15 : On arrive au Bar 6 où on a rendez vous à 19h30 avec Elodie et David. Le Bar 6 est un resto « français ». Ca ne veut pas dire grand chose, juste qu’il y a plus de plats à consonance française que de burgers et sundae. Mon crabcake en plus d’être délicieux est servi par un sosie de David Beckam charmant. De quoi se plaint-on ?
Les New-Yorkais sont fous !
Beaucoup de folies douces à NYC, procédons par chapitres.
Chapitre I: Les New-yorkais sont fous… de leurs chiens !
Il faudrait mener une enquête sociologique sur le sujet. Description de la situation (critique), quand même. Depuis qu’on est arrivés à N.Y., on a vu :
- Des tas de New-yorkais faire du footing avec leurs chiens ou même du skate.
- Des centaines de chiens habillés pour sortir dans la rue. Outre le petit manteau, qui peut être classique, sportwear avec une capuche, tricoté ou fancy, les chiens portent souvent des chaussures. Elles se ferment avec des scratchs et se déclinent en mille couleurs. Le must : être assorti-e à son chien, bien évidemment !
- Des dizaines de « dogsitters ». Si on croise des New-yorkais accompagnés de 5 ou 6 chiens, voire même plus, ne pas s’étonner. Ce sont tout simplement des « dogsitters ». En plus de garder des chiens, les « dogsitters » vous offrent de promener votre chien. Ils le prennent, le promène et vous le ramène.
- Aujourd’hui en se baladant vers Union Square, on est tombé sur une sorte de supermarché exclusivement consacré aux animaux. On pouvait y acheter des croquettes au détail : on fait soi-même son assortiment de croquettes pour le petit chien-chien à sa maman (voir photo ci-dessous). Si on veut, on peut aussi acheter : le sac à main pour chien ou chat. Rose, en cuir, avec un ruban, il est conçu pour porter son chien ou son chat dans une cage sans avoir l’air d’une plouc. Les petits grillages sur le côté du sac permettront au toutou ou au kitty kitty de ne pas étouffer entre votre rouge à lèvres et votre tampon. Chouette !

Un buffet de croquettes pour chiens (photo: Jonas Roux)
Je m’arrête ici pour ce chapitre qui pourrait vraiment faire l’objet d’une thèse !
Chapitre II: Les New-yorkais sont fous… de sport !
Ça fait partie du mode de vie : « tout est parfait chez moi ! ». Ici, fréquenter un club de gym, c’est complètement banal. Selon le Lonely, « Manhattan regroupe à elle seule 17 centre de loisirs dont la plupart abritent des installations de gym et une piscine plein air ». Quand on se ballade dans la ville, impossible de les rater. Derrière de grandes baies vitrées, on peut admirer les New-Yorkais en train de courir sur des tapis et de regarder un DVD. Oui, vous ne rêvez pas : un DVD, puisque les tapis sont souvent surmontés d’un écran. Histoire de ne pas perdre son temps. Rentabilité, toujours.
Chapitre III: Les New-yorkais sont fous… de boissons chaudes !
Ici le gobelet de café est un accessoire in-dis-pen-sable ! Le matin tout New-Yorkais qui se respecte marche d’un pas déterminé, un gobelet « Starbucks » à la main. Starbucks c’est une chaîne de cafés qu’on trouve à chaque coin de rue ici. Le must : avoir quelqu’un au téléphone de son autre main. Téléphone portable + Starbucks = un New-Yorkais typique. Quand ils ne boivent pas du café dilué dans des litres d’eau chaude, les New-Yorkais apprécient un petit thé. C’est vrai que c’est très agréable quand il fait un temps glacial dehors de boire un bon thé sans sucre. On a d’ailleurs découvert un salon de thé très sympa. Teany, le café de Moby. Donc hyper branchouille. En plus de proposer 98 sortes de thés, on peut manger des sandwichs ou des gâteaux, tous végétariens ou végétaliens. Depuis qu’on a découvert l’endroit, on adore, comme ce soir, y jouer aux petites vielles. On s’offre des thés avec de super pâtisseries. Dans les toilettes des photos encadrées. De qui ? De chiens, de vaches, cochons, poules, canards… Chaque photo étant accompagnée de l’histoire de l’animal encadré.

Les toilettes de Teany, salon de thé du chanteur Moby (photo: Jonas Roux)
Exemple : Paulie la poule. Elle était enfermée dans un élevage de batterie vraiment inhumain et méchant avant d’être libérée par une association que soutient Teany. Je vous jure… Heureusement que mon thé au melon et mon gâteau chocolat et crème de « peanut butter » sont délicieux, sinon…
Chapitre IV: Les New-yorkais sont fous… de services !
Dans la rue on trouve parfois des affiches d’annonces drôles. « Man with a big van ». Un homme en possession d’un grand van propose de le louer… Et aujourd’hui, affichette collée sur un poteau de feu rouge. Une personne propose une récompense de 400$ à qui lui trouvera un studio dans Lower East Side pour un loyer de 1500$ par mois. Bein voyons ! Complètement fous je vous dis…
Vive les delis et les cheesecakes !
À midi on mange dans notre cantine habituelle, un deli délicieux au croisement de Fashion Avenue et de la 36ème. Je n’ai jamais encore parlé des delis. Ah les delis ! Une invention merveilleuse. Il s’agit d’épiceries qui offrent des buffets froids ou chauds. C’est génial parce qu’on a un grand choix de salades, de légumes frais, crus ou cuisinés. Notre deli fait d’excellentes salades aux accents méditerranéens (feta, olives, tomates, poivrons…). Des bouchées de fraîcheur nécessaires aux pays du burger-frites-coca. Alors comment ça marche ? Très simple. On prend une barquette, et on se sert de tout ce qu’on veut. On peut mélanger les salades, le chaud et le froid, le sucré et le salé ! Qu’importe, puisque tous les plats se payent au poids, et que tout est au même prix. Une bonne salade composée nous coûte environ 6$ ! Vraiment pas cher, sain et délicieux ! Je suis vraiment devenue une inconditionnelle des delis.

Nourris mais légers, on peut acheter des timbres. Puis destination East Village. On a décidé de prendre notre dessert dans une pasticerria de ce quartier : Venurio. Un bon prétexte pour se balader dans un New York tout en brume et en nuages. On passe par Bryant Park, une place très jolie derrière la grande bibliothèque de New York. La neige a recouvert le lierre. Les arbres morts filtrent les buildings. Toute une poésie cette place. On passe par Union Square, la très chic 5th Avenue, et enfin East village. Soit deux bonnes heures de marche ponctuées de flânerie citadine et de l’achat d’un sac à main. La pasticceria est sur la 11ème rue. C’est une pâtisserie italo-américaine. Un copain taïwanais de l’école me l’a recommandée pour son cheesecake. Le cheesecake est une spécialité New-Yorkaise. Un gâteau fait à base de creamcheese (soit l’équivalent d’un fromage type Saint Moret, mélangé à de la crème fraîche). J’ai commandé un cheesecake aux fraises.
Premier bon signe: Ma fourchette s’enfonce délicatement dans le gâteau. Un bon cheesecake doit se tenir sans pour autant être trop dense ou trop ferme : l’art de la balance, c’est tout le secret du cheesecake.
Deuxième bon signe: Le bruit fragile de la fourchette dans la crème. A télécharger d’urgence sur son iPod cette musique là !
Troisième bon signe: La crème délicieusement légère. Elle fond dans la bouche, onctueuse, sensuelle. Un rien salée pour rappeler au dégustateur qu’elle est de la famille des fromages. Son mariage avec les fraise sucrées : divin.
Pour résumer, un cheesecake tout en finesse. Le meilleur mangé depuis qu’on est ici. Dans un épisode de Friends, Rachel et Chandler se mettaient à quatre pattes pour manger à même le sol un cheesecake malencontreusement tombé dans le couloir de leur immeuble. Si le cheesecake de la pasticciera Veurio tombait sur le bitume New-Yorkais, je me mettrais à genoux sans une seconde d’hésitation !
Photos: Jonas Roux
On déménage à nouveau !
On quitte notre studio du Lower East Side, direction un 60m2 dans les Washington Heigths.
On était dans le sud de Manhattan, nous voilà partis pour rejoindre sa pointe nord. Les Washington Heights c’est même après Harlem, à l’ouest du Bronx. Quartier beaucoup plus populaire donc. Tout le monde nous a dit « Ah ! les Washington Heights vous verrez, c’est un quartier Latino ». On s’attend donc à trouver des rythmes endiablés et des danseurs de salsas dès notre sortie du métro. Bon d’accord, j’ai peut-être un peu trop regardé West Side Story. A notre arrivée, tous les danseurs de salsas latino-américains portent de grands chapeaux et des kippas. Sur les cotés, leurs barbes font des bouclettes. Heu, vraiment, vous êtes sûrs que vous êtes latino ? Le quartier est très calme, et visiblement juif. Rebecca nous conseille même de faire nos machines le samedi. Comme c’est Shabbat, le lavomatic de l’immeuble est désert ! Manque de pot, on sera déjà parti. En allant faire quelques courses sur Broadway, on découvre un quartier plus hispanisant. Personne ne comprend ce que je dis. Je veux une salade, mais impossible de me faire entendre. Je finis par expliquer bêtement le contenu d’une salade : « Il y a des tomates, de la laitue, des œufs ». Ici la majorité des affiches sont bilingues : Bienvenida en los Washington Heights !
Montauk, le bout du monde.

Aujourd’hui, on a prévu de s’évader de la jungle New-Yorkaise pour la cambrousse de Long Island : expédition Montauk (le point le plus à l’Est sur la carte de l’île).
Pour arriver à destination, il faut prendre le train. Réveil matinal, 6h30. Train à 8h. Ce dernier longe l’océan pendant plusieurs heures, pour arriver alors dans les Hamptons. Quand on dit Hamptons, il faut entendre : villégiatures chics pour New-Yorkais (très) riches, nostalgiques d’air pur et d’herbe fraîche, le temps d’un week-end. En été les Hamptons sont de vraies stations balnéaires. Tout y est hors de prix. Nous ne sommes ni fous, ni riches, d’où notre choix : Montauk. Beaucoup moins huppé, le lieu n’est pas moins célèbre depuis que Michel Gondry y a tourné une partie de son film Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Alors oui reconnaissons le, on a décidé aujourd’hui de se prendre pour des stars. Je serai Kate Winslet (en moins blonde. Que dis-je ? Rousse ! Que dis-je ? Bleue), il sera Jim Carrey (en moins élastique et grimaçant). Quand on arrive à Montauk, c’est vraiment la fin du monde. Le bout des rails. « Montauk, the end » comme on pourra le lire sur tous les objets clinquants destinés aux touristes.

Pas un chat. Juste deux New-Yorkaises branchées arrivées par le même train que nous, perdues dans leurs petites chaussures et leurs lunettes Starky et Hutch de faschionnistas. Pas de bruit non plus, si ce n’est le vombrissement du train et le « zzzouuum » (tant que ce n’est pas pschit) des voitures qui passent. Pour accéder à des vies humaines locales, il faut marcher un bon quart d’heure en longeant la route. Ensuite on arrive enfin à trouver un endroit où manger. Les guides (le Routard comme le Lonely) nous ont lâchement abandonné. Rien sur Montauk ! Nous voici livrés à nous-mêmes.
Repas sans intérêt. Si ce n’est que le verre pleins de glaçons, qui arrive à grande vitesse vers moi, me rappelle qu’il faut que je vous parle de la glace. Très important la glace ! Dans n’importe quel restaurant, on nous amène des notre arrivée un grand verre d’eau plein de glaçons. Et si on commande une boisson sucrée, c’est pareil : plus de glaçons dans le verre qu’à boire. Le seul moyen d’échapper à cette hérésie (boire de l’eau glacée, alors même qu’il fait – 10° dehors), dire les mots magiques : « No ice, please ». Malheureusement on les oublie tout le temps. Après notre repas, très longue marche. Ballade sur la plage. Magnifique. Le ciel limpide, le sable froid, paradisiaque. On veut voir le phare (qui au passage se dit « lighthouse », j’ai appris ça aujourd’hui). Allez, ça ne doit pas être bien loin… Par chance, on croise une montaukienne : « It’s far far away from here », nous dit-elle. Oki doki, le phare, ce sera pour une autre fois.

En rentrant, on se perd complètement. Chouette. C’est l’occasion d’admirer tous les drapeaux américains plantés dans les jardins, les autocollants « God bless America » sur les énormes 4×4 (en moyenne deux par maisons). Serions-nous dans l’Amérique profonde ?
Marche dans les rues désertes. Difficile d’imaginer les vacanciers envahir ce bled paumé en été. Bientôt nos gourdes seront vides, et les coyotes nous mangeront. Far West à Montauk City. On croise des biches. Pas gênées, elles squattent les jardins des maisons inoccupées. En rentrant par la highway, on croise une biche éventrée sur le bord de la route. Probablement percutée par un 4×4… Quelques heures de marche, de pieds en bouillie et de jambes flageolantes plus tard, nous revoilà de retour en gare de Montauk. Dans le train, pleins de gamins pressés de goûter au Saturday Night fever de Manhattan. Et puis il y a aussi des mecs qui gueulent « Let’s go Rangers ». Quand on arrive à N.Y. et qu’ils croisent des collègues (c’est-à-dire des personnes qui portent le même maillot qu’eux, et qui ont autant bu), ils gueulent encore plus fort : « LET’S GO RANGERS ». Ce soir, il y aura un match de hockey sur glace au Madison Square Garden. Les Rangers de New York se feront laminés par les Blue Jackets de Columbus (2 - 3). Et je me demande : Pourquoi diable tous les supporters bourrins du monde se ressemblent-ils tant ?