Histoires de co-épouses 2
Les mamelles de Dakar
On part à la plage. Sur le chemin, on passe comme toujours devant les “mamelles” de Dakar. Ce sont deux collines, au large de la ville, qui surplombent la mer. Un conte populaire propose d’expliquer leur origine.
Il était une fois deux co-épouses. La première, Khary, était méchante, malveillante et grognonne. La seconde, Koumba, était douce et aimable. Les co-épouses étaient toutes deux bossues. La bosse de Khary la méchante n’était rien à côté de celle de Koumba la gentille. Le dos de Koumba était en effet complètement recouvert de sa bosse. Un jour allongée sous un tamarinier, Koumba, la gentille, entend une voix l’appeler. C’est une vielle femme aux cheveux blancs perchée dans l’arbre. La vieille félicite Koumba de sa gentillesse et pour la récompenser elle lui propose un service :
Rends toi au sabbah des sorcières Vendredi soir. Assieds toi parmi elles et laisse les danser jusqu’à l’aube. Dis alors à l’une d’entre elles “Tiens, prends moi enfant que j’ai sur le dos, c’est à mon tour de danser”. Donne lui alors ta bosse et fui. A l’aube les sorcières doivent rentrer chez elles, celle à qui tu as donné ta bosse ne pourra rien contre toi. tu seras ainsi débarrassée de ton fardeau.
Koumba remercit la vielle et attend le Vendredi soir pour se rendre au sabbah des sorcières. Là elle les laisse danser jusqu’à l’aube, puis dis à l’une d’entre elle :
Tiens prends moi enfant que j’ai sur le dos, c’est à mon tour de danser.
La sorcière accepte, Koumba feint de lui donner son enfant en lui donnant sa bosse, puis s’enfuit. Lorsque Khary la méchante voit sa co-épouse rentrer à la maison le dot plat et lisse, elle entre dans une colère noire, rongée par la jalousie. Koumba la gentille prend Khary en pitié et lui explique comment elle a perdu sa bosse, en veillant bien à lui donner toutes les instructions nécessaires. Un nouveau sabbah arrive et Khary se presse de s’y rendre. Mais Khary est moins sage que Koumba, elle ne suit pas méticuleusement les instructions qu’on lui a donné. Bien avant que l’aube n’arrive, Khary,
trépignant d’impatience dit à l’une des sorcières :
Tiens prends moi enfant que j’ai sur le dos, c’est à mon tour de danser.
Khary s’est adressée à la sorcière que Koumba avait trompée. Cette dernière n’est plus dupe et lui dit :
Ah non alors, c’est bien à mon tour de danser ! Tiens garde moi celui-ci que l’on m’a confié depuis une lune entière et que personne n’est venu me réclamer.
Khary dont la bosse n’était pas très grande se retrouve maintenant chargée de deux bosses : la sienne et celle gigantesque de Koumba. Khary est folle de rage et de désespoir, elle court, elle court, arrive au bord d’une falaise et se jette dans la mer. Khary est morte, mais pas complètement disparue :
Ses deux bosses émergent de la mer, ce sont Les mamelles de Dakar !
Histoires de co-épouses
On m’a raconté une histoire affreuse aujourd’hui. Un mec tenait une boutique dans le quartier de Dakar où a grandi ma mère, Colobane. Il était polygame : trois épouses ! L’une d’elle avait été la camarade de classe de ma mère. Le frère du boutiquier était lui aussi marié, à une Gabonaise. Il meurt. Que devient sa femme ? Un héritage bien sûr ! Le boutiquier hérite de la femme de son frère aîné. Il a maintenant quatre épouses ! Malheureusement son frère n’était pas mort naturellement, mais du sida. En héritant de la femme de son frère, le boutiquier hérite aussi de sa maladie. Il est mort et la copine de ma mère aussi. Puis une autre femme encore. Seules restent maintenant la femme Gabonaise et l’autre épouse, à terme condamnées. C’est affreux, mais le pire, c’est que cette histoire m’en rappelle d’autres. Une cousine à mère morte du sida parce que son mari l’avait trompée avec une femme séropositive.
Dans certains pays d’Afrique, on croit même que coucher avec une vierge guérit du sida.
Vive les dégâts !