Le « kal » ou la parenté à plaisanteries
Le « kal », qu’on traduit par « parenté à plaisanteries », est un aspect majeur des relations humaines et sociales au Sénégal.
Pour un occidental, en plus d’être complètement étranger, le « kal » est très complexe. En disant, les choses simplement, le « kal » est une relation de taquinage qu’on entretient avec quelqu’un d’autre, c’est une façon d’envisager l’Autre. On observe le « kal » à différents niveaux, qui correspondent en réalité à différents espaces.
1/ Le « kal » dans la famille.
Dans l’espace confiné de la famille, on « kal », on plaisante entre grands-parents et petits enfants, et entre cousins croisés. Si les sœurs de ma mère ont des enfants, je ne peux pas les vaner. En revanche, si les frères de ma mère ont des enfants, on va se charrier en permanence. Je traite ainsi tout le temps de folle ma cousine Ndeye Pod, fille du grand frère de ma mère. Et elle me le rend bien !
2/ Le « kal » entre « sant » ou patronymes.
On se vanne aussi, on « kal » aussi, selon son patronyme. C’est possible parce qu’ici beaucoup de gens portent le même nom, les patronymes ne sont pas trop nombreux. Quelqu’un dont le nom est Diouf vanne quelqu’un dont le nom est Faye. Les Diouf disent aux Faye qu’ils ne pensent qu’à manger et qu’ils mangent trop. Les Faye répondent aux Diouf la même chose.
3/ le « kal » entre ethnies
Certaines ethnies forment des groupes de « kal ». Exemple : ma mère d’ethnie sérère vanne ou taquine les Diolas et les Toucouleurs. Entre eux ça se charrie en permanence. Par exemple, un Sérère dira à un Toucouleur « Toucouleur diamou Sérère » (le Toucouleur est l’esclave du Sérère). Le Toucouleur pourra lui rétorquer : « Sérère diamou Toucouleur » (le Sérère est l’esclave du Toucouleur). Pourquoi se charrier comme ça ? Les Sérères, les Toucouleurs et les Diolas ont ensemble une sorte de pacte de non-agression historique et implicite. Le « kal » c’est un peu cathartique, on ne peut pas s’agresser donc on expie le « mal » en se taquinant. Comme ça, ça peut paraître un peu abscons. En réalité le « kal » évacue les conflits. On dit des choses graves en riant, pour éviter de les dire plus tard en criant. D’un point de vue politique, le « kal » peut résoudre des conflits ethniques. Au Sénégal, la guerre Hutus/Tutsis n’aurait peut être pas eu lieu.