Y a pas que l’assiette !

Le blog de ce qui se mange… Et de ceux qui le mangent…

Archives de septembre 2006

09 septembre 2006

Le jour du départ est arrivé


On boucle les valises : au revoir tantes chéries et grand mère adorée.

À l’aéroport de Dakar, le bordel habituel : la queue en Afrique, ça n’existe pas ! Et puis en plus, ceux qui connaissent le concept ont décidé de l’oublier aujourd’hui… Deux guichets de douane pour trois vols, pas étonnant qu’on ait une heure de retard ! Arrivés à Paris, on apprendra que notre malle est restée à Dakar, plus de place dans l’avion. Bref une organisation du tonnerre ! Les Sénégalais sont les seuls à avoir inventé un mot pour désigner l’accueil, l’hospitalité et le plaisir de recevoir l’étranger, c’est la « Teranga ». Quand on repart, pas trop d’équivalence inverse de la « Teranga ». Juste un joyeux bordel, qu’on sera ravis de retrouver au prochain voyage.

Bye bye le Sénégal !

08 septembre 2006

Les insultes en Wolof sont à mourir de rire !

Il y a d’abord les classiques, ceux qui existent dans toutes les langues et qui (allez savoir pourquoi) s’en prennent toujours la mère. On dit « Niap sen Ndeye » en Wolof pour dire « Nique ta mère ». Mais certaines insultes sont quand même beaucoup plus originales : notamment « Je te nique le coin de l’œil » ou « Niap se rogne ». Dans le genre drôle aussi, le « zizi de ta mère », « la zézette de ton père » ! C’est complètement absurde, mais visiblement, dans les cours d’écoles, ce genre d’insultes fusent quand on veut vraiment faire du mal à quelqu’un…

07 septembre 2006

Histoire de Mama Saw


Mama Saw c’est ma petite cousine, elle a quatre ans, ça fait maintenant trois ans que ma tante Maïmouna l’a adopté. Si son histoire mérite d’être racontée, c’est qu’elle témoigne de croyances animistes solidement ancrées, même dans une famille comme la mienne (bourgeoise, urbaine, bien scolarisée et surtout musulmane).

Les animistes croient que lorsqu’un enfant naît, c’est toujours un ancêtre qui revient. Si l’ancêtre ne veut pas revenir ou qu’il ne se sent pas bien là où il a atterrit, on le dit trompeur : c’est-à-dire que l’ancêtre roule la famille et s’enfuit. Malheureusement quand l’ancêtre fuit, l’enfant meurt (explication comme une autre de la mortalité infantile). Dans la famille d’origine de Mama Saw l’ancêtre a trompé les vivants deux fois, et deux enfants sont morts. C’était deux filles, elles précédaient Mama Saw. Pour lui éviter le même sort que ses sœurs, on a confié Mama Saw à ma tante Maïmouna (c’était aussi la sienne). Selon les croyances, les deux filles nées avant Mama Saw et elle-même ne sont toujours que le même enfant. Et c’est toujours le même ancêtre qui vient et qui fuit… Demander à ma tante d’adopter l’enfant était aussi une manière de rouler l’ancêtre. On fait lui perdre ses repères en changeant l’enfant d’emplacement. On inverse les rôles, c’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Et puis, pour maintenir l’enfant sur terre, on fait comprendre à l’esprit qu’on a bien compris son jeu. Ça passe par un nombre incalculable de vannes. On charrie l’ancêtre, ou plutôt en l’occurrence ma petite cousine. Par exemple : quand elle mange quelque chose de bon, on lui dit « On mange bien ici, hein ? C’est bien ici, non ? Pas la peine de repartir ! ». Va savoir si son histoire l’a grandie ou si l’ancêtre l’habite réellement, mais du haut de ses quatre ans, la gamine se comporte parfois comme une adulte. Attitudes, démarches, façons de parler, quand on est avec Mama Saw on parfois l’impression d’avoir un adulte miniature en face de soi ! Quand ça se produit ma grand mère lui dit « Magett nga » ça veut dire « toi tu es vielle » ou « toi tu as déjà tellement vécu ! ». Ca fait quand même beaucoup pour une môme de quatre ans, mais je crois qu’elle a compris tout le jeu que la situation sous-tend. Elle occupe avec plaisir son rôle de vielle, et puis c’est une gamine vraiment hyper épanouie, joueuse et farceuse.

Que ce soit l’ancêtre ou elle, ça pétille dans ses yeux.

06 septembre 2006

Le « kal » ou la parenté à plaisanteries

Le « kal », qu’on traduit par « parenté à plaisanteries », est un aspect majeur des relations humaines et sociales au Sénégal.

Pour un occidental, en plus d’être complètement étranger, le « kal » est très complexe. En disant, les choses simplement, le « kal » est une relation de taquinage qu’on entretient avec quelqu’un d’autre, c’est une façon d’envisager l’Autre. On observe le « kal » à différents niveaux, qui correspondent en réalité à différents espaces.

1/ Le « kal » dans la famille.
Dans l’espace confiné de la famille, on « kal », on plaisante entre grands-parents et petits enfants, et entre cousins croisés. Si les sœurs de ma mère ont des enfants, je ne peux pas les vaner. En revanche, si les frères de ma mère ont des enfants, on va se charrier en permanence. Je traite ainsi tout le temps de folle ma cousine Ndeye Pod, fille du grand frère de ma mère. Et elle me le rend bien !

2/ Le « kal » entre « sant » ou patronymes.
On se vanne aussi, on « kal » aussi, selon son patronyme. C’est possible parce qu’ici beaucoup de gens portent le même nom, les patronymes ne sont pas trop nombreux. Quelqu’un dont le nom est Diouf vanne quelqu’un dont le nom est Faye. Les Diouf disent aux Faye qu’ils ne pensent qu’à manger et qu’ils mangent trop. Les Faye répondent aux Diouf la même chose.

3/ le « kal » entre ethnies
Certaines ethnies forment des groupes de « kal ». Exemple : ma mère d’ethnie sérère vanne ou taquine les Diolas et les Toucouleurs. Entre eux ça se charrie en permanence. Par exemple, un Sérère dira à un Toucouleur « Toucouleur diamou Sérère » (le Toucouleur est l’esclave du Sérère). Le Toucouleur pourra lui rétorquer : « Sérère diamou Toucouleur » (le Sérère est l’esclave du Toucouleur). Pourquoi se charrier comme ça ? Les Sérères, les Toucouleurs et les Diolas ont ensemble une sorte de pacte de non-agression historique et implicite. Le « kal » c’est un peu cathartique, on ne peut pas s’agresser donc on expie le « mal » en se taquinant. Comme ça, ça peut paraître un peu abscons. En réalité le « kal » évacue les conflits. On dit des choses graves en riant, pour éviter de les dire plus tard en criant. D’un point de vue politique, le « kal » peut résoudre des conflits ethniques. Au Sénégal, la guerre Hutus/Tutsis n’aurait peut être pas eu lieu.

05 septembre 2006

La télévision Sénégalaise est un vrai régal !

Il n’y a ici que deux chaînes de télévision : RTS, télévision publique, et 2S, chaîne en train de se lancer. Spécialisée dans la danse, 2S ne programme pas encore de JT. Ca annonce déjà la couleur ! La chaîne d’Etat a toujours le monopole de l’information à la télévision. Du coup, le journal télévisé suinte la propagande. C’est dingue le décalage qui existe entre ce qu’on voit tous les jours dans la rue (pauvreté, corruption, saleté, insalubrité), et ce qu’ on voit dans le JT du soir : un sujet de plus de dix minutes sur une sortie d’enfants au zoo, le choix d’un logo quelconque pour une association quelconque, le sous ministre de je ne sais pas quoi en visite dans un village… Globalement le JT de RTS gomme toutes les réalités difficiles qu’on voit sans cesse dans la rue. En regardant le journal, je ne peux que m’impressionner d’un manque (je pense volontaire) d’information. A quoi s’ajoute malheureusement une technique et des rouages journalistiques non acquis. Mauvais choix d’interlocuteurs, mauvais choix de sujets, angles inexistants… et les sujets insignifiants s’éternisent. Bilan : le JT de RTS comparé à celui de France 2 dure deux fois plus longtemps pour cinq fois moins d’informations ! Hormis ça, la télé, c’est aussi des émissions chiantes comme la mort. Exemple : trois heures de gens filmés en train de prier sous seulement trois angles de caméra différents et fixes ! En dehors de ça, je ne peux m’empêcher de rire quand je vois les lots des cadeaux à gagner dans les concours télévisés : un voyage à la Mecque, cinquante bœufs, un grand boubou.

Mais ce qui passionne les femmes sénégalaises en ce moment, c’est Rubi.

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Ahh Rubi : magnifique, génial, grandiose ! Chaque été RTS programme une tele-novela sud-américaine. Cette année c’est Rubi. Le générique annonce la couleur : « Mujer de nadie, Mujer de todos ». Rubi, femme vénale mais sublime. Rubi la méchante comploteuse. Rubi, c’est surtout toujours un grand moment de fou rire ! En plus d’égrener des phrases stupides du genre « l’amour est comme les fleurs, si on ne l’entretient pas, il se fane », les acteurs sont lamentables. Il faut dire que le doublage ne les sert pas. Voix monocordes pour des contenus tout de même dramatiques : « Alejandro, le bébé que porte Rubi est mon enfant, pas le tien ! ». Et puis le plus drôle : les voix doublées ne sont pas synchronisées avec celle des acteurs. Hector continue de parler, mais la voix qui le double s’est tue. Franchement, Les feux de l’amour, à côté de Rubi, c’est peut être une œuvre secrète de Marivaux.