Y a pas que l’assiette !

Le blog de ce qui se mange… Et de ceux qui le mangent…

Archives de août 2006

25 août 2006

Kédougou, le voyage dans le voyage

Cette semaine, on voyage : direction Kédougou, le Sénégal oriental. On part tôt le matin. Bye bye la familia. On se sert la main gauche : c’est la poignée de main de la séparation ou du départ en voyage. Elle signifie qu’on souhaite se retrouver comme on s’est quittés, ou comme on dit en wolof : « demal ag jamm, ñowal ag jamm », c’est à dire « pars en paix, reviens en paix » (”demal” veut dire “pars”, “jamm” “paix” et “ñowal” “reviens”). Cette poignée de la main gauche, c’est l’exception à la règle “on salue avec la main droite parce qu’avec la main gauche…”. On passe par M’bour, puis par Kaolack où on s’arrête pour manger une omelette Libanaise, “Batata”. Ce sont des œufs brouillés avec de la cannelle, du poivre, des oignons, du bœuf haché et du fromage. C’est surprenant mais bon. A partir de Kaolack, la route devient cahoteuse. Bosses, trous, ça swingue à l’intérieur de la voiture. Sensations fortes assurées. Entre deux bosses et deux trous, on parle de princes et de princesses.

Les Guelwar.

Savais-tu lecteur que la blogueuse que je suis a du sang royal dans ses veines ? Ma famille maternelle descend de la dynastie des Guelwar. C’est une dynastie qui a régné sur les royaumes Serrer (régions du Sine, du Saloum et de Dionik) de 1350 à 1860. Son histoire commence avec celle du personnage mythique de Tenemba. Dite petite fille du roi Soundjata Kaita (empereur historique du mali), on raconte qu’elle a fuit sa cour par amour de son griot* (le système de caste veut que les griots ne puissent se marier qu’entre eux). C’est une version parmi d’autres. On raconte aussi qu’elle a fui, honteuse, après avoir appris sa bâtardise. Après sa fuite Tenemba se serait réfugiée dans une grotte, mais on raconte parfois qu’on l’a retrouvée dans une case, emmurée. Les versions se rencontrent sur la fin de l’histoire, un happy end : le roi Manforong trouve Tenemba recluse, fasciné par sa beauté, il la supplie de l’épouser. Ce soir on rêvera de tout ça à Tambacounda.

[* les griots et les griottes sont des conteurs. Chaque famille noble doit avoir son griot qui raconte et perpétue l’histoire familiale. Il accomplit ce rôle notamment lors des grands évènements que connaît la famille (naissance, baptême, morts…). Les griots chantent à la gloire de la famille. Traditionnellement on enterrait les griots dans le creux des troncs de Baobab]

23 août 2006

Les travaux manuels de la maison


Aujourd’hui j’ai vu ma tante Maïmouna faire du Thiouraï. C’est un encens fabriqué à partir d’herbes macérées dans des parfums et essences. C’est presque un travail de nez que fait Maïmouna : il faut mélanger subtilement les parfums et les essences pour obtenir la meilleure odeur d’encens. Visiblement ma tante est douée, les gens viennent à la maison acheter son Thiouraï, certains bocaux valent même 5000 CFA (soit environ 8 euros). On dit le Thiouraï aphrodisiaque. Ma mère me raconte qu’originellement les femmes, dont les maris travaillaient toute la journée, faisaient brûler du Thiouraï dans leur chambre pour éveiller les désirs sexuels du mari…

Ce soir ce sont mes parents qui organisent et cuisinent le repas pour toute la maison : En tout 40 personnes ! C’est toute une affaire. Épuisant ! Je pense aux femme qui tous les jours renouvellent cette performance le midi et le soir. Mon père me raconte que dans les villages d’Afrique profonde, on est ni réveillés par les coqs, ni par le muezzin, mais par le bruit des femmes qui pilent le mil dès quatre heures du matin. C’est effarant non ?

À quand un féminisme de lutte en Afrique ?

[La leçon du jour: Le lexique de la table. { Koudou = Cuillère } { Paca = Couteau } { Casse = Tasse ou Verre } Quand on dit "Meima koudou bi" ça veut dire "Donne moi la cuillère là"]

21 août 2006

Chaque jour on m’informe de nouvelles superstitions

Hier matin, alors que mon père voulait me passer du savon, ma mère l’en a empêché. Elle pensait qu’il voulait me le donner de main en main, or ça porte malheur. Quand on veut donner du savon à une autre personne, il faut donc le poser avant qu’elle le prenne. Ce matin, parce que j’ai mis ma robe boubou à l’envers, ma tante me le dit avant de me prévenir : Toi, aujourd’hui, tu ne gagneras pas d’argent. Dire à quelqu’un qu’il a mis son vêtement à l’envers c’est lui porter la poisse pour toute la journée. L’après-midi, on va à Yoff. Comme tous les villages sur la presqu’île du Cap Vert, les habitants sont des Lébous. C’est une ethnie qui vit traditionellement de la pêche, et plus récemment de la vente de terrains (chers parce que bien placés sur la côte). Avec la tempête d’hier soir, toutes les algues sont venues du larges : On se baigne dans une eau noircie pas les algues. C’est pas très agréable, mais les vagues sont géantes. Sur la plage, les femmes des pêcheurs vendent les poissons qu’ont ramenés leurs maris. Certains font bien un mètre, c’est impressionant. L’air sent bon les grillades de poissons qui seront vendus plus tard aux baigneurs. On achète des “pastels”, ce sont des beignets fourrés avec de la farce et qu’on trempe dans une sauce aux tomates et aux oignons. On rentre en “clando” : Comme son nom l’indique, c’est un taxi illicite, le chauffeur n’a pas de licence pour transporter des gens. Mais ça coute moins cher…

[La leçon du jour: Avec les verbes, le sufixe "oul" correspond à un suffixe de négation. { Bar = Bien } Quand on dit "Bar na" ça veut dire "C'est bon", ou "C'est bien", mais quand on dit "Baroul" ça veut dire "C'est pas bien", ou "C'est pas bon"]

20 août 2006

Hier, BIGouDi malade


C’est une honte, mon corps m’a trahie ! Me faire ça à moi : La turista à une métisse ! Et en plus, la cerise sur le gâteau, un bon rhume qui prend la tête et les sinus.

Hier, dodo, aujourd’hui pareil. Ça va un peu mieux, papa me propose d’aller boire une bière au bar du quartier. Je suis malade, mais un verre d’alcool ça ne se refuse pas. En plus ça m’intrigue. Ça donne quoi un bar dans un pays où chaque matin le muezzin chante ? En arrivant, première surprise, je vois des mecs fumer (il ne me semble pas en avoir vu depuis notre arrivée). En plus ce sont des vieux. Ils boivent du vin rouge, de la Gazelle (bière sénégalaise), etc… Dernière surprise, une femme et un homme assis se calinent : Ici on ne voit presque jamais de gens s’embrasser ou s’étreindre dans la rue. La femme et son attitude (elle va voir d’autres mecs après) nous laissent peu de doutes : C’est une prostituée. Bien vite on comprend, ce bar est le lieu de perdition du quartier. Pourtant il n’y a rien de bien méchant : Des bières, des cigarettes et des femmes chaleureuses. Ça ne pèse pas très lourd mais ma tante me le confirme : Dans ma famille personne n’a jamais mis les pieds dans un bar. C’est super mal vu, ceux qui y rentrent sont montrés du doigt. Évidemment le bar semble tenu par des cathos (ils sont ultra-minoritaires au Sénégal). Papa commande une Gazelle, et malgré ses avertissements, je me risque à prendre un verre de vin blanc : Dégueu. Comment dire il faudrait un nouveau mot pour désigner ce liquide, piquette ne suffit pas, ça doit être du vin pour cuisiner. Et maintenant j’ai mal à la tête.

C’est quand même drôle, si on m’avait dit un jour que mon père m’emmènerait dans un bar à putes !

[La leçon du jour: { Niateu leu = Combien ça coute } Quand on veut acheter quelquechose on dit "li niateu leu ça", "combien ça coute ?"]

18 août 2006

Expédition chawarma


Après moult réclamations, le grand jour est arrivé : Nous allons manger un chawarma ! Comme j’ai déjà pu l’expliquer, il y a à Dakar beaucoup de commerçants Libanais. Avec eux s’est importée cette invention géniale et merveilleuse, le chawarma. Invention du reste simple : De la viande de boeuf ou d’agneau assaisonnée d’épices et de persil, des oignons frais, des tomates fraîches, quelques frites, et tout cela enroulé dans un pain arabe. Somptueux ! D’autant plus qu’à Paris, difficile de trouver un bon chawarma.

chawa.jpg
Un chawarma éventré (photo: Renée Greusard)

Plus tard on va à la plage. Première baignade dans une eau qui doit faire plus de 25°! Le pied.

Et vous, ça va à Paris ?

[La leçon du jour: Le vocabulaire du manger. { Lek = Manger } { Leukel = Mange } Quand on a plus faim, on dit "sourna", "je n'ai plus faim"]