Y a pas que l’assiette !

Le blog de ce qui se mange… Et de ceux qui le mangent…

28 août 2006

Ce matin, je teste la douche au seau et à la calebasse

Ca peut paraître bête mais c’est une expérience qui nécessite toute une organisation.

Question n°1: Où poser ma serviette et mes habits ?
Question n°2: Remplir le seau avant ou après avoir répondu à la question n°1 ?
Question n°3: Combien mettre d’eau dans le seau ? Ou concrètement, quel est mon vrai besoin d’eau pour une douche ?

Je remplis le seau à moitié, ça règle le problème. Après ça on entreprend de grimper sur la petite montagne qui se situe derrière le campement. Ca met bien une demi-heure. Sur le chemin on claque des mains pour éloigner les bestioles (surtout les serpents) cachées dans les fourrées. Arrivés en haut, il y a un village. On s’assoit sous l’arbre à palabrs, l’air y est bien frais. Un mec vient nous signifier que, nous, les femmes, nous ne pouvons pas nous asseoir ici : c’est l’arbre des hommes. On est dans un coin vraiment reclus, ça ne sert strictement à rien de juger le mec qui ne parle ni Français, ni Wolof. Pourtant, je ne peux m’empêcher de m’agacer. Visiblement, il y a aussi l’arbre des femmes. 500 CFA dans sa poche et le mec oublie son interdit bafoué. Ma réaction d’agacement suscite des remous au sein du groupe familial : enième engueulade, je descend sur le chemin du retour seule.

Que c’est bon d’être seule ! Marcher seule sur un chemin risqué au milieu des herbes hautes ou grouillent des bestioles en tout genres n’est pas forcément rassurant. J’ai l’air con à taper toute seule dans mes mains au beau milieu de la forêt. Mais je me sens étonnamment libre de faire ce chemin seule. Ce plaisir découvert, je m’imagine même rentrer à Dakar seule… Je redescend sur terre et au village. A leur retour, mon frère et mes parents me disent que j’ai raté une vue panoramique du haut de la falaise sur toute la région. C’est pas grave, on y retourne l’après midi avec mon frère et ma sœur. Après le repas de midi, je discute avec Léontine.

Elle me parle du rite d’initiation des garçons.

Tous les hommes du village l’ont connu, tous les garçons du village le connaîtront. C’est un rite de transition, le garçon devient un homme. Le processus de l’initiation commence par la circoncision des garçons âgés généralement de 13 à 15 ans. Puis un ou deux mois plus tard, on les lâche dans la brousse pendant trois mois, dont une semaine sans aucun adulte pour les aider. Pendant cette semaine, les garçons ont juste un arc, des flèches et ils se démerdent seuls. L’initiation fonctionne par groupe de génération : s’il y a au village cinq garçons âgés entre 13 et 15 ans, ils partent à cinq. Mais si seul un mec est dans cette tranche d’âge, tant pis pour lui, il part seul dans la brousse ! Après les trois mois comprenant des apprentissages sur les vertus des plantes et autres choses de ce genre, on fait mâcher aux adolescents des racines et des pousses de plantes hallucinogènes. Les mecs ne reconnaissent alors plus leurs parents, ce qui visiblement fait partie du rite : pour devenir un homme, il faut s’affranchir de ses parents. Une fois tout cela accompli, les adolescent peuvent accéder à une première case. Elle marque leur entrée dans le monde des adultes, mais ne leur permet pas encore de se marier. Permission qui leur sera accordée en accédant à la deuxième case, cinq jours plus tard. Je suis un peu bouche bée. J’imagine un enfant élevé comme un toubab partir seul dans la brousse pendant une semaine. Léontine me parle alors d’un couple d’Américains qui vivaient dans le village voisin. Ils avaient adopté le mode de vie villageois, même coutume, même quotidien. Leurs enfants, des jumeaux, une fille et un garçon, ont grandi comme tous les enfants du village. A l’adolescence le garçon a fait son rite d’initiation dans la brousse comme tous le monde.

Je me dis maintenant que tout est toujours possible quand on est conditionné.

nduilis.jpgLes “Ndioulis”, garçons portants la tenue blanche traditionnelle des jeunes circoncis, au marché de M’bour
(photo: Renée Greusard)

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