Kédougou, le voyage dans le voyage
Cette semaine, on voyage : direction Kédougou, le Sénégal oriental. On part tôt le matin. Bye bye la familia. On se sert la main gauche : c’est la poignée de main de la séparation ou du départ en voyage. Elle signifie qu’on souhaite se retrouver comme on s’est quittés, ou comme on dit en wolof : « demal ag jamm, ñowal ag jamm », c’est à dire « pars en paix, reviens en paix » (”demal” veut dire “pars”, “jamm” “paix” et “ñowal” “reviens”). Cette poignée de la main gauche, c’est l’exception à la règle “on salue avec la main droite parce qu’avec la main gauche…”. On passe par M’bour, puis par Kaolack où on s’arrête pour manger une omelette Libanaise, “Batata”. Ce sont des œufs brouillés avec de la cannelle, du poivre, des oignons, du bœuf haché et du fromage. C’est surprenant mais bon. A partir de Kaolack, la route devient cahoteuse. Bosses, trous, ça swingue à l’intérieur de la voiture. Sensations fortes assurées. Entre deux bosses et deux trous, on parle de princes et de princesses.
Les Guelwar.
Savais-tu lecteur que la blogueuse que je suis a du sang royal dans ses veines ? Ma famille maternelle descend de la dynastie des Guelwar. C’est une dynastie qui a régné sur les royaumes Serrer (régions du Sine, du Saloum et de Dionik) de 1350 à 1860. Son histoire commence avec celle du personnage mythique de Tenemba. Dite petite fille du roi Soundjata Kaita (empereur historique du mali), on raconte qu’elle a fuit sa cour par amour de son griot* (le système de caste veut que les griots ne puissent se marier qu’entre eux). C’est une version parmi d’autres. On raconte aussi qu’elle a fui, honteuse, après avoir appris sa bâtardise. Après sa fuite Tenemba se serait réfugiée dans une grotte, mais on raconte parfois qu’on l’a retrouvée dans une case, emmurée. Les versions se rencontrent sur la fin de l’histoire, un happy end : le roi Manforong trouve Tenemba recluse, fasciné par sa beauté, il la supplie de l’épouser. Ce soir on rêvera de tout ça à Tambacounda.
[* les griots et les griottes sont des conteurs. Chaque famille noble doit avoir son griot qui raconte et perpétue l’histoire familiale. Il accomplit ce rôle notamment lors des grands évènements que connaît la famille (naissance, baptême, morts…). Les griots chantent à la gloire de la famille. Traditionnellement on enterrait les griots dans le creux des troncs de Baobab]