Retour sur Dakar
On quitte l’hôtel de Tambacouda. Avant de partir, un mec de l’hôtel a essayé d’arnaquer mes parents. Le petit déjeuner est compris dans le tarif de la nuit d’hôtel, mais le mec a présenté une note de 7000 CFA pour le petit déjeuner, en plus de la facture des chambres. Certaines choses arrivent quand même plus souvent ici qu’en France. Sur la route cabossée, des enfants font mine de la réparer. Ils comblent les trous avec du sable et demandent aux voyageurs de l’argent pour les “travaux”. Une voiture passe et le sable s’envole. On croise de drôles de panneaux. Celui d’une station essence indique : station service, lavages, graissages, 24/24, mosquée, super gasoil, pétrole… Sur un autre panneau : Elhadj Ousmane Sarr, grand marabout à Médine à 200 m. A Kaolack on mange au brasero : enfin un bon resto dans Kaolack !
A l’entrée de Dakar, les embouteillages habituels, puis enfin on arrive à la maison, le voyage est terminé.
Photo: Renée Greusard
Départ de l’hôtel de Kédougou
On fait une excursion mouvementée : en plus d’être grimpante, la route est rocailleuse. On va à Fongolimbi, c’est un village situé sur les hauteurs de Kédougou. D’ailleurs, en Peul (une des deux ethnies du village), Fongolimbi signifie la vallée entre deux montagnes. Arrivés au village, et à la recherche de quoi manger, on rencontre Diallo, un officier de police à la retraite. C’est un homme adorable : après nous avoir invités à s’asseoir chez lui, il nous prend sous son aile et nous fait visiter le village. Ici l’école, là le local des eaux et des forêts, là bas les acteurs économiques du village (en somme les boutiquiers). Il est 13h00 passées. On commence à avoir faim. Dans un village perdu comme Fongolimbi, les choix pour manger ne sont pas très nombreux : soit on mange chez l’habitant, soit on mange dans la gargote du village. Diallo nous invite à manger chez lui, mais on ne veut pas abuser. Direction la gargote.
La gargote est le restaurant populaire Sénégalais. Pour très peu cher, on y mange des plats assez copieux et relativement bons selon les endroits. La gargote de Fongolimbi est une sorte de case rectangulaire entièrement faite de paille. Au menu, un plat unique, du mafé : c’est un plat traditionnel Malien qu’on fait aussi au Sénégal. Du riz blanc avec une sauce aux arachides et à la viande. C’est très bon. Pour une portion, on paye 400 CFA (moins d’un euro). En plus les doses Sénégalaises ne sont pas les doses occidentales. A six, trois portions nous suffiront amplement. On retourne chez Diallo. Avant de partir, séance photos, Diallo est sa famille, c’est-à-dire lui, ses trois femmes et leurs enfants. Les enfants sont comme des dingues de voir leur image sur l’écran de l’appareil numérique, à la fois surpris et amusés. Echange d’adresses et on est repartis.
Début du chemin du retour on s’arrête à Tambacounda pour la nuit.
Ce matin, je teste la douche au seau et à la calebasse
Ca peut paraître bête mais c’est une expérience qui nécessite toute une organisation.
Question n°1: Où poser ma serviette et mes habits ?
Question n°2: Remplir le seau avant ou après avoir répondu à la question n°1 ?
Question n°3: Combien mettre d’eau dans le seau ? Ou concrètement, quel est mon vrai besoin d’eau pour une douche ?
Je remplis le seau à moitié, ça règle le problème. Après ça on entreprend de grimper sur la petite montagne qui se situe derrière le campement. Ca met bien une demi-heure. Sur le chemin on claque des mains pour éloigner les bestioles (surtout les serpents) cachées dans les fourrées. Arrivés en haut, il y a un village. On s’assoit sous l’arbre à palabrs, l’air y est bien frais. Un mec vient nous signifier que, nous, les femmes, nous ne pouvons pas nous asseoir ici : c’est l’arbre des hommes. On est dans un coin vraiment reclus, ça ne sert strictement à rien de juger le mec qui ne parle ni Français, ni Wolof. Pourtant, je ne peux m’empêcher de m’agacer. Visiblement, il y a aussi l’arbre des femmes. 500 CFA dans sa poche et le mec oublie son interdit bafoué. Ma réaction d’agacement suscite des remous au sein du groupe familial : enième engueulade, je descend sur le chemin du retour seule.
Que c’est bon d’être seule ! Marcher seule sur un chemin risqué au milieu des herbes hautes ou grouillent des bestioles en tout genres n’est pas forcément rassurant. J’ai l’air con à taper toute seule dans mes mains au beau milieu de la forêt. Mais je me sens étonnamment libre de faire ce chemin seule. Ce plaisir découvert, je m’imagine même rentrer à Dakar seule… Je redescend sur terre et au village. A leur retour, mon frère et mes parents me disent que j’ai raté une vue panoramique du haut de la falaise sur toute la région. C’est pas grave, on y retourne l’après midi avec mon frère et ma sœur. Après le repas de midi, je discute avec Léontine.
Elle me parle du rite d’initiation des garçons.
Tous les hommes du village l’ont connu, tous les garçons du village le connaîtront. C’est un rite de transition, le garçon devient un homme. Le processus de l’initiation commence par la circoncision des garçons âgés généralement de 13 à 15 ans. Puis un ou deux mois plus tard, on les lâche dans la brousse pendant trois mois, dont une semaine sans aucun adulte pour les aider. Pendant cette semaine, les garçons ont juste un arc, des flèches et ils se démerdent seuls. L’initiation fonctionne par groupe de génération : s’il y a au village cinq garçons âgés entre 13 et 15 ans, ils partent à cinq. Mais si seul un mec est dans cette tranche d’âge, tant pis pour lui, il part seul dans la brousse ! Après les trois mois comprenant des apprentissages sur les vertus des plantes et autres choses de ce genre, on fait mâcher aux adolescents des racines et des pousses de plantes hallucinogènes. Les mecs ne reconnaissent alors plus leurs parents, ce qui visiblement fait partie du rite : pour devenir un homme, il faut s’affranchir de ses parents. Une fois tout cela accompli, les adolescent peuvent accéder à une première case. Elle marque leur entrée dans le monde des adultes, mais ne leur permet pas encore de se marier. Permission qui leur sera accordée en accédant à la deuxième case, cinq jours plus tard. Je suis un peu bouche bée. J’imagine un enfant élevé comme un toubab partir seul dans la brousse pendant une semaine. Léontine me parle alors d’un couple d’Américains qui vivaient dans le village voisin. Ils avaient adopté le mode de vie villageois, même coutume, même quotidien. Leurs enfants, des jumeaux, une fille et un garçon, ont grandi comme tous les enfants du village. A l’adolescence le garçon a fait son rite d’initiation dans la brousse comme tous le monde.
Je me dis maintenant que tout est toujours possible quand on est conditionné.
Les “Ndioulis”, garçons portants la tenue blanche traditionnelle des jeunes circoncis, au marché de M’bour
(photo: Renée Greusard)
On quitte Kédougou et notre hôtel
Objectif : s’enfoncer dans les terres pour rejoindre Dinde Fallo. C’est un bled à 2h30 de Kédougou.
2h30 parce que la route est pleine de bosses et de trous : ici le 4×4 est franchement utile. Après avoir été dans ce molosse sautant dans tous les sens au beau milieu de la campagne africaine, penser aux parisiens abonnés au 4×4 sur un bitume lisse comme la peau d’un bébé me fait sourire. A Dinde Fallo, on mange un repas démesurément cher (1500 CFA par personne pour un riz au mouton ordinaire), puis on rejoint la cascade, principale attraction touristique du coin. C’est magnifique, le bain dans l’eau presque froide nous rafraîchit bien.
Ce soir, on va dans un campement : on dort dans des cases, l’électricité alimentée par des panneaux solaires n’est pas disponible avant 19h, pour prendre sa douche il faut utiliser un seau et l’eau d’une jarre. C’est rudimentaire mais très chouette. Notre hôte, Léontine, est très sympa et puis assez impressionnante : c’est elle qui a monté notre camp seule, et tous les jours elle va chercher l’eau avec laquelle tous les gens du campement vont se laver. On apprend à ne pas abuser de l’eau et de l’électricité : ça ne nous fait pas de mal ! Après le repas, Léontine nous propose d’aller à une fête organisée par les villageois.
Une cérémonie “agricole”
Les récoltes ont commencé et chaque jour les villageois s’entraident dans les champs. Au lieu de s’occuper individuellement de leur champ, les paysans se regroupent pour travailler la terre de l’un d’entre eux. Le soir, celui qui s’est fait aidé offre une fête en remerciement. En arrivant à la fête, on atterrit dans un univers inconnu : les femmes forment un cercle au milieu duquel un homme masqué chante et danse. Sur son dos, il porte un buisson de feuilles vertes, son masque semble fait de feuilles de maïs. On a beau demandé à Léontine ce que représente l’homme, elle se cantonne à nous dire que c’est un esprit. Pourquoi les feuilles ? Pourquoi ce masque ?
Léontine contourne nos questions, visiblement elle ne peut pas trop y répondre. On ne peut donc que faire des supposition : l’esprit est celui de la terre, de la nature ou des champs. Les femmes entonnent un chant à plusieurs voix. C’est très beau. Ce sont des louanges, leurs louanges. Elles disent « les hommes, vous allez aux champs, après on va danser, ne nous minimisez pas ». Dans ce village Bedik (ethnie ultra minoritaire au Sénégal), on est animiste ou catholique. L’alcool n’est donc pas proscrit et les villageois ne s’en privent vraiment pas ! Léontine insiste pour que je danse avec les femmes : j’ai l’air d’une cruche ou d’une toubab perdue au milieu d’un rite africain…
Photos: Renée Greusard
La route est un spectacle permanent
Les jolis villages de case, les cyclistes en grands boubous, les femmes et leurs seaux énormes sur la tête, les charettes qui tirent des vielles mamas africaines. Même pour ceux qui la connaissent déjà, l’Afrique n’en finit pas de révéler ses exotismes. Pour rejoindre Kédougou, on traverse le Niokolokoba. C’est une réserve naturelle d’animaux sauvages. Sur la route on est habitués à croiser des moutons, des chèvres, des chiens ou même parfois des cochons. Dans le Niokolokoba, on rencontre plutôt toutes sortes de singes, des phacochères, et aussi des oiseaux. Malheureusement les lions se cachent, impossible de voir, ne serait ce que le bout de la queue du roi de la savane. Le paysage qui défile devant nous est très vert, les arbres sont feuillus, l’hivernage et ses pluies nourrissent bien la végétation. A 15 kms de Kédougou on s’arrête sur le pont d’un village pour admirer le fleuve Gambie. Les mômes viennent nous serrer la main. Dans le fleuve, les gens se baignent, trois filles sont en même en train de se laver : cliché de carte postale… Ici les gens sont vraiment adorables, hyper accueillants et chaleureux. Et contrairement à Dakar, ils n’ont pas l’air intéressés, même si leur donner du boulot les aiderait parfois bien. Dans cette région, on ne parle pas forcément Wolof, l’ethnie dominante étant celle des Mandingues. Ici on parle beaucoup leur langue, le Malinké. On arrive à Kédougou sous la pluie (décidément les arrivées pluvieuses sont notre spécialité). A Kédougou, mes parents ont un contact, l’ami d’un oncle de ma mère. Il travaille au service des eaux et forêts. Quand on le rencontre, il est en plein travail de distribution de denrées aux employés des eaux et forêts. C’est un plan de l’ONU, le PAM (Programme Alimentaire Mondial) qui consiste à aider les employés en leur distribuant des sacs de denrées. Dans le sac il y a du riz, des niébés (ce sont des haricots rouges) et de l’huile.
C’est bizarre d’assister à une retombée concrète d’une décision ONUsienne.