Y a pas que l’assiette !

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05 mars 2006

Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés

De la difficulté d’être salarié parmi 9,6% de chômeurs

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Ils sont malades ! Un jour, subitement, ils ont craqué, pleuré, hurlé sur leurs enfants. Comme disent les médecins : leurs symptômes sont classiques. Symptômes classiques pour une maladie banale et originale à la fois : le Travail !

En s’associant pour tourner Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau, s’inscrivent dans la lignée du Danger travail de Pierre Carles. Comme lui, ils osent briser le tabou de la souffrance au travail. Dans une société en proie au chômage, il ne fait pas bon dire qu’on souffre au travail. Sans ne jamais intervenir, les cinéastes filment les rendez-vous de quatre travailleurs au bord de la dépression avec leurs médecins ou psychologue.

Leurs récits sont tous singuliers et semblables à la fois. Tous se sont vus un jour confié des tâches impossibles. À Mme Alaoui, ouvrière à la chaîne rapide et efficace, on demande d’exécuter seule, le travail de trois personnes. Elle n’y parvient pas : comme Charlot dans Les temps modernes, la machine l’avale. On la traite de faignante : « Quand on veut, on peut ! ». L’humiliation est trop grande. Le débit rapide de l’ouvrière, sa voix qui porte se brisent pour laisser place à un récit fragmenté et sanglotant. Elle ne sera pas la seule à pleurer devant la caméra, la femme de ménage dans une maison de retraite, qu’on a voulu transformer en aide-soignante pour vieux atteints de l’Alzheimer, craquera elle aussi. Et quand ils ne pleurent pas, les cernes creusés sur les visages, les mains crispées en disent long. C’est patiemment et tranquillement que les médecins et les caméras récoltent la parole difficile de ceux que l’on a détruit, dans un souci de vitesse et de productivité. Le style des cinéastes est volontairement minimaliste. Les quatre entretiens sont filmés en plan fixes et seuls deux angles de caméra s’alternent (l’un englobe le médecin et le patient de profils, l’autre saisit de biais le patient). Les travailleurs sont donc comme enfermés dans ces formes simples. Et toujours ce plan sur les chaises laissées vides par les interlocuteurs. Les chaises vides de l’hôpital, c’est peut-être l’idéalité pour laquelle luttent les médecins des quatre travailleurs.

Dans un débat, les trois médecins et Christophe Dejours (auteur du livre Souffrance en France qui a inspiré le film) s’interrogent sur les contractions de cette maladie aux contours flous. Leur diagnostic est unanime : c’est la perte des solidarités qui génèrent les pathologies. Face aux contraintes du travail, les salariés sont de plus en plus seuls. Avec regret, la psychologue constate que tous ses patients harcelés moralement au travail avaient d’abord assisté passivement à l’humiliation d’un de leurs collègues… À force de voir arriver dans leurs hôpitaux ces malades d’une nouvelle ère (celle de la mondialisation ?) les médecins ont fondé une clinique spécialisée sur les souffrances liées au travail. En évoquant leur travail, ils se félicitent d’avoir noué des liens de solidarité et d’éthique, précisément ceux qui ont fait défaut à leurs patients. La caméra fixe depuis le début du film, entre en mouvement, les angles s’ouvrent : la lutte peut commencer…

>> Sortie le 8 février 2006

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