Munich, fable pacifiste
« Oeil pour oeil rendra seulement le monde entier aveugle ». Spielberg s’est-il employé à illustrer cette citation de Gandhi ?
Ça commence par une prise d’otages et ça se termine par un plan large sur le World Trade Center. Comment peut-on en arriver à tant de violences ? Sans naïveté, ni jugements hâtifs, des ébauches de réponses se dessinent dans Munich.
Il y a d’abord la nuit du 5 septembre 1972 à Munich. Un commando de l’organisation palestinienne “septembre noir” fait irruption dans le village olympique et force l’entrée du pavillon israélien. Bilan de l’opération 11 athlètes israéliens tués. Pour 11 israéliens de tués, les 11 preneurs d’otages survivants devront êtres tués, telle est la décision de Golda Meir, Premier ministre en exercice. Aidé de quatre hommes Avner, agent au Mossad (service secret israélien) se voit confier cette tâche. Derrière le masque calme du jeune homme se cache une colère inouïe. Abandonné par sa mère dans un kibboutz (communauté collectiviste sioniste), il a grandi dans un milieu ultra patriote. Alors oui, il accepte la mission. Le premier palestinien tué venait de faire une course. L’épicière, après avoir demandé de ses nouvelles, lui avait offert le coût d’un appel téléphonique. Mais rien n’est gratuit, on paye toujours. En mourrant l’ homme tombe, sa bouteille de lait se casse. Par terre la flaque du lait blanc est gagnée par la flaque de son sang rouge vif. Pas de mélange possible. Avner, jeune père, devra ensuite tuer le père d’une petite fille. Les certitudes vacillent, bientôt l’agent du Mossad et ses complices sont gagnés par les doutes. Jusqu’où peut-on aller par vengeance? Les fils et les filles des pères assassinés voudront-ils eux aussi se venger ? Lorsque l’on tue un terroriste, ne le démultiplie-on pas ? Quand la vengeance commence-t-elle et quand s’arrête-elle ? Au terme de son “travail”, ces questions hantent Avner. Il se voit traqué partout où il va. On veut les tuer, sa femme sa fille et lui. Rongé par la culpabilité, il se refait sans arrêt le film de la prise d’otage sanglante, comme pour se convaincre que son action était justifiée. Mais la plus grande culpabilité d’Avner est peut-être celle-ci : lui et les preneurs d’otages se ressemblent, tous ont tué par vengeance, tous ont tué pour défendre son chez soi. Spielberg s’interroge : Et si chez soi devenait chez nous ?
>> Sortie le 25 janvier 2006
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