Y a pas que l’assiette !

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31 octobre 2005

Desperate Housewives / Sex & the City : Duels de femmes ?

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À quoi donc pensait Franck Michaël, le Playboy de nos grands mères quand, sous sa douche dans l’élan lyrique du savonnage d’aisselles, il entonna pour la première fois ce cantilène tristement célèbre : « Toutes les femmes sont bêêêllleeeeeuuuu ». Si seulement Franck Michaël avait attendu une petite décennie, la face du monde en eût été changée et nos oreilles moins dérangées. Le bougre aurait en effet pu découvrir avec une terreur non dissimulée que non non et non « toutes les femmes ne sont pas belles, toutes n’ont pas une rose au cœur ni une douceur dans les yeux, une chaleur qui ne peut que rendre les hommes amoureux ». Mais qui donc résiste à cette tyrannie de l’image de La Femme belle et évasée ? Des personnages messieurs dames, j’ai nommé les mégères mal apprivoisées de Desperates Housewives et de Sex & the City.

À ma gauche veuillez admirer les ménagères zen furie ! Bree van de Kamp la spécialiste du sourire de façade, Lynette Scavo ex-requin d’entreprise reconvertie en mère au foyer survoltée, Susan Mayers divorcée, un enfant (en l’occurrence une ado hyper mature qui endosse à la perfection le rôle de conseiller sentimental auprès de sa mère), et enfin Gabrielle, ex-mannequin qui trompe l’ennui des banlieues chiques en couchant avec son jardinier mineur de 17 ans.

À ma droite, le camp adverse, mais non moins séduisant, des faschionistas New Yorkaises libérées : Carrie journaliste écrivaine en questionnement permanent sur les relations entre hommes et femmes, Miranda avocate brillante en affaires mais peu douée dans sa quête de l‘homme parfait. Si vous êtes un homme beau et séduisant, Samantha la mante religieuse du groupe, digne héritière de la révolution sexuelle des années 70 n’aura aucun scrupule à ne faire de vous qu’une bouchée. Enfin Charlotte incarne le contrepoint candide et idéaliste du groupe.

Entre les ménagères conservatrices de Wisteria Lane et les femmes libérées de New York des barricades s’élèvent. Quand celles de Wisteria Lane ont sacrifié leurs carrières au profit de créatures de moins d’un mètre, celles de Manhattan affrontent vaillamment les mondes sexistes de l’entreprise. Chacune leurs monstres… Aux mœurs libérées des urbaines (L’enfant de Miranda naît d’une rechute d’un soir avec un ex, ¾ d’entre elles ont eu recours une ou plusieurs fois à l’avortement, Samantha militante polygame s’évertue à distinguer le sexe de l’amour) s’opposent le traditionalisme et le conservatisme des provinciales. Sincère et émue, Bree raconte comment elle et son mari se sont rencontrés. Lors d’un congrès républicain, elle s’était enthousiasmée de ses engagements pour le port d’armes et la peine de mort : le coup de foudre quoi… Gabrielle quant à elle s’échauffe la bile contre son mari, coupable d’avoir trafiqué sa pilule et responsable d’une grossesse qu’elle ne désirait pas, mais jamais l’idée d’avorter ne semblera effleurer l’esprit de Gabrielle.

Mais alors comment résoudre l’équation 2 x 4 femmes = une certaine image de la femme au 21ème siècle ? Comment réconcilier les souris des villes aux souris des champs ?

Traditionalistes ou modernistes, toutes détiennent à leur façon des pouvoirs. Des pouvoirs évidents pour celles de Manhattan, dans le travail notamment : les articles de Carrie influencent tout New York, Charlotte tient une galerie d’art, Miranda est une avocate réputée, et Samantha organise les soirées mondaines du gotha américain. Et des pouvoirs plus subtils pour celles de Wisteria Lane car c’est dans l’ombre des hommes qu’il s’exerce : Lynette en bon requin des affaires veille au grain sur la carrière de son mari, Bree est une femme despotique qui soumet son petit monde à ses exigences (quand Bree découvre que son fils fume du shit, elle convainc doucement mais sûrement son mari d’envoyer leur progéniture dans un camp de redressement pour délinquants).

Outre le fait que toutes aspirent désespérément au bonheur, les femmes de Wisteria Lane et de Manhattan sont tout simplement des amies remarquables… Plus que des groupes d’amies, on pourrait même évoquer des groupes de soutien. Un soutien au cœur d’un questionnement terrible et vertigineux : A quoi rime ma vie ? Alors, métaphysiques les personnages de séries américaines ?